Pratiquer un survol de plusieurs siècles sans rien sacrifier de la scientificité ni de l’administration de la preuve, comme le fait ici l’antiquisante britannique Josephine Quinn pour les mondes anciens, depuis l’âge de bronze jusqu’à la fin du Moyen Age, voilà un art dans lequel excellent les érudits anglo-saxons, quelles que soient les réserves que ce genre d’entreprise suscite chez bien de leurs collègues en France. La lecture d’Et le monde créa l’Occident bouleverse les préjugés les mieux ancrés sur l’Antiquité, en particulier celui qui prétend que les Grecs seraient à l’origine de l’Occident européen, à l’exclusion de toute autre source.
Avec alacrité et humour, Josephine Quinn soutient une opinion inverse. Selon elle, on ne saurait raconter l’histoire antique et médiévale à partir de l’affrontement entre civilisations autochtones et opposées (Orient-Occident, Grecs-Perses, etc.). On y parvient au contraire en explorant les relations commerciales et culturelles de ces blocs, qui se révèlent bien plus hybrides que ne l’imagine une historiographie avant tout soucieuse de légitimer la forme moderne de l’Etat-nation. De même, l’historienne récuse-t-elle la notion d’« influence », qui suppose la domination d’un modèle fort sur un faible, lui préférant celle de circulation à égalité, d’une sphère géographique à l’autre.
Tout en intégrant l’histoire des femmes à un récit généralement voué aux seuls hommes, ce riche et passionnant ouvrage étaie sa thèse sur les avancées récentes que fournissent l’étude de l’ADN, la datation au carbone 14, l’archéologie ou l’analyse des changements climatiques. Ainsi, la fin d’un « optimum climatique » rendant le temps moins prévisible, plus humide et plus froid entrerait-il dans l’explication de la chute de l’Empire romain sous les coups de boutoir des Barbares.