Lors de chacune des nombreuses visites du siège du Monde, organisées les 20 et 21 septembre, dans le cadre du Festival du Monde, les groupes ont fait une halte prolongée devant le bureau d’Hubert Beuve-Méry, installé sur la mezzanine d’un des deux halls d’entrée. La mémoire du fondateur du journal a été évoquée, les visiteurs ont pris des photos du meuble ancien sur lequel trônent une photo de son propriétaire posant devant le siège historique du quotidien, situé rue des Italiens, dans le quartier de l’Opéra, et un fac-similé du premier numéro du Monde, daté du 19 décembre 1944.
C’est également devant ce bureau que s’achevaient les visites théâtralisées proposées par la troupe Nuit Orange, pendant le festival. On y voyait un comédien incarnant Hubert Beuve-Méry présider au « mariage » de la une du journal et d’un sujet d’enquête. L’esprit du fondateur continue donc de souffler sur Le Monde et ses équipes. Et pas seulement parce que l’un de ses petits-enfants, Alain Beuve-Méry, fait partie depuis trente-deux ans de la rédaction.
C’est chez ce dernier, à l’issue de la précédente édition du festival, lors du 80e anniversaire de la création du journal, qu’a germé l’idée de proposer que soit baptisé du nom de son fondateur un lieu proche de l’immeuble du Monde. Un an plus tard, lundi 29 septembre, l’esplanade Hubert-Beuve-Méry, située devant le bâtiment, a été inaugurée en présence d’Anne Hidalgo, la maire de Paris, de Jérôme Coumet, maire du 13e arrondissement, de Pierre Beuve-Méry, l’un des cinq enfants du fondateur, et de nombreux membres de la famille. « Hubert Beuve-Méry et Le Monde sont indissociables. L’esprit du Monde, c’est l’esprit d’Hubert Beuve-Méry », a déclaré Anne Hidalgo à cette occasion.
« Il existe plusieurs places ou rues Hubert-Beuve-Méry en France, mais il n’y en avait pas à Paris, note Alain Beuve-Méry, aujourd’hui journaliste du service Débats. Or, mon grand-père est né à Paris, s’y est marié et y est enterré. Il y a passé une grande partie de sa jeunesse, ses années étudiantes et s’y est évidemment fixé définitivement à partir de 1945. »
Né en 1902, Hubert Beuve-Méry a assuré la direction du Monde de décembre 1944 à décembre 1969 et est mort le 6 août 1989. Il est enterré au cimetière Montparnasse.
L’affaire a été rondement menée. Recueillir l’accord des ayants droit a été une formalité, le soutien de Louis Dreyfus et de Jérôme Fenoglio, le président du directoire et le directeur du Monde, a été immédiat, et le conseil de Paris a voté à l’unanimité, le 7 avril, la décision de baptiser du nom du grand homme de presse l’esplanade située devant l’immeuble emblématique imaginé par l’agence d’architecture Snohetta, dans lequel le Groupe Le Monde (Le Monde, Télérama, La Vie, Courrier international et le HuffPost) et Le Nouvel Obs se sont installés en 2020.
La direction du groupe a annoncé, lors de l’inauguration, lundi 29 septembre, que l’esplanade Hubert-Beuve-Méry engloberait également le parvis surplombé par l’immeuble. « Nos valeurs restent constantes, notre réponse aux tourbillons du monde demeure celle qu’avait tracée Hubert Beuve-Méry : le journalisme, rien que le journalisme, mais tout le journalisme, a déclaré Jérôme Fenoglio pendant la cérémonie. L’œuvre de Beuve n’est pas un monument d’une gloire passée, son héritage est vivant, tout comme cette esplanade et ce parvis. »
Voici donc Hubert Beuve-Méry et Pierre Mendès France voisins par la toponymie, puisque l’avenue longeant l’esplanade porte le nom de l’ancien président du conseil. « Quand j’ai appris cela, je me suis dit : “Ils vont bien ensemble !”, a réagi l’historien Patrick Eveno, spécialiste de l’histoire du Monde. Pierre Mendès France est le seul homme politique qu’Hubert Beuve-Méry ait vraiment soutenu d’un point de vue intellectuel, notamment parce qu’il appréciait sa droiture. En 1954, quand Mendès avait été nommé à la présidence du conseil, il avait d’ailleurs écrit qu’il était l’homme de la situation. »
Et quelques mètres plus loin, s’élance au-dessus de la Seine le pont Charles-de-Gaulle, qui porte le nom de celui qui proposa à Hubert Beuve-Méry, en 1944, de lancer un nouveau quotidien… Que le monde est petit !