Le premier ministre, Sébastien Lecornu, a transmis dans la nuit de samedi 4 à dimanche 5 octobre une « feuille de route gouvernementale » de trois pages aux dirigeants du socle commun – Renaissance, Les Républicains (LR), MoDem, Horizons et Union des démocrates et indépendants (UDI) –, appelant ces partis à « s’unir » autour de plusieurs priorités malgré leurs « différences », dans un document révélé par BFM-TV et que Le Monde s’est procuré.
« Tout en restant fidèle à nos valeurs, et en prenant acte de nos différences, nous avons décidé d’une feuille de route qui nous rassemble », écrit le locataire de Matignon dans cette lettre aux dirigeants du camp présidentiel et des Républicains.
Sébastien Lecornu peaufine dimanche les contours de son futur gouvernement sans certitude à ce stade que LR y participera. Le parti de Bruno Retailleau fait monter la pression depuis plusieurs jours, déplorant que certaines de ses revendications, notamment sur l’immigration, ne soient pas entendues.
Les parlementaires LR, qui attendaient ce courrier du premier ministre, doivent se réunir dimanche, à midi, pour déterminer leur position. « C’est la décision qu’on prendra aujourd’hui », a déclaré le vice-président délégué du parti, François-Xavier Bellamy, sur CNews et Europe 1. Sans confirmer explicitement la participation de LR, M. Bellamy a semblé ouvert à cette option, estimant que le « devoir » de la droite était « d’éviter que le Nouveau Front populaire ne soit le premier groupe parlementaire » à l’Assemblée. Le MoDem, qui avait également adressé une lettre samedi à Sébastien Lecornu, se réunira à 14 heures pour débattre de la réponse dimanche après-midi.
Dans sa missive, M. Lecornu égrène les grands axes de la politique qu’il entend mener avec comme priorité de « doter la France d’un budget pour l’année 2026, afin d’assurer la stabilité du pays », tâche pour laquelle « le soutien du socle commun est le préalable indispensable ». « Ne disposant que d’une majorité très relative, le gouvernement devra faire des compromis avec les autres formations politiques, sans abandonner pour autant ses convictions », souligne encore le premier ministre.
Ce dernier assure qu’« il ne s’agira en aucun cas d’un budget d’austérité ou de régression sociale » et plaide pour porter l’effort budgétaire « essentiellement sur la réduction de la dépense publique », et appelle à répondre « à la demande de justice fiscale exprimée par nos concitoyens ». Certains impôts « devront impérativement baisser pour soutenir le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises », ajoute-t-il. Ce budget « devra renforcer la croissance et l’emploi, ainsi que les instruments de protection de notre souveraineté et de notre indépendance », écrit encore le premier ministre.
« Attaché à la défense » du « modèle social » français, Sébastien Lecornu évoque des investissements pour les retraites (+ 6 milliards d’euros) et pour la santé (+ 5 milliards d’euros).
Il dit vouloir également présenter « dans les tout prochains jours » un projet de loi de lutte contre la fraude fiscale et sociale, déjà en préparation sous le mandat de son prédécesseur, François Bayrou, et qui doit permettre de dégager 2,3 milliards d’euros de recettes supplémentaires.
A l’adresse notamment des LR, il affirme que « la sécurité du quotidien et la lutte contre les incivilités continueront d’être une priorité majeure », ainsi que la lutte « contre l’immigration irrégulière par la mise en œuvre de solutions techniques et efficaces ».
« Dans un monde complexe et déréglé », le premier ministre affirme par ailleurs vouloir poursuivre « la décarbonation de notre économie et de notre mix énergétique, afin de lutter contre le réchauffement climatique et ne plus dépendre de l’étranger » et poursuivre « l’effort important pour le réarmement du pays, en actualisant les effets de la loi de programmation militaire ».
Cette feuille de route est « par construction incomplète », fait encore valoir le premier ministre, qui doit prononcer mardi après-midi devant l’Assemblée nationale sa déclaration de politique générale. D’ici là, M. Lecornu aura composé son équipe ministérielle, qui devrait être resserrée à 25 membres environ.