Il y a tous ceux que l’on voit, dans les restaurants de Nairobi, les transports, le chariot du supermarché. Des bambins, parfois des bébés, qui, de leurs doigts potelés, s’agrippent, fascinés, au téléphone de leur parent. Il y a aussi tous ceux qui passent des heures rivés sur un écran, dans l’intimité de leur foyer. « Dans une maison kényane typique, il y a plus d’objets connectés à Internet que de toilettes. C’est triste mais vrai, résume Evelyn Kasina, professeure et spécialiste de l’apprentissage numérique, régulièrement interviewée à la télévision kényane. Vous allez y trouver peut-être deux ou trois smartphones, une télévision, un iPad, un ordinateur. Et les enfants ont accès à tout ça. » Les chiffres officiels relatifs au temps d’écran manquent. Selon les estimations d’Evelyn Kasina, l’exposition s’élève à plusieurs heures par jour en semaine dès 3 ans et atteint jusqu’à « treize, quatorze heures pendant les vacances ». « C’est devenu la culture, et c’est de pire en pire », déplore-t-elle.
Le Kenya, locomotive économique de l’Afrique de l’Est, a vu déferler depuis une dizaine d’années des écrans connectés à bas coûts, venus principalement d’Asie. Un smartphone neuf premier prix peut s’afficher à seulement 5 000 shillings (environ 33 euros), encore moins en seconde main. De plus, le pays bénéficie d’une très bonne connexion à Internet, sur une grande partie du territoire, et à prix abordable, ouvrant la voie à une très large consommation dans la population.