Ken Sakamoto est né à Paris, en 1995. Ses parents, Michiru et Mamoru, tous deux nés au Japon, lui donnent un prénom japonais apprécié par sa mère. « En japonais, Ken signifie “santé” et “bâtir”, ou “construire” », explique l’intéressé.
A l’école primaire et au collège, Ken est souvent associé au petit ami de Barbie, la poupée mannequin créée en 1959. « Alors Ken, elle est où ta Barbie ? », entend-il dans la cour de récréation. Cette question l’embarrasse. « Je me sentais gêné. Cela voulait dire : est-ce que tu as une copine ? » Or, Ken est pudique. « Quand tu es réservé et timide, c’est une question un peu intime. Mais bon, ce n’était pas si méchant. »
Quand il n’est pas un nom de poupée, Ken est, aux yeux de plusieurs de ses camarades, un prénom « asiatique », sans autre précision. « On me mettait dans le lot des Asiatiques ou on me disait que j’étais chinois. Il n’y avait pas de différenciation. » Ses camarades utilisent ce prénom japonais, dilué dans un référent continental fantasmé, pour lui servir, sur le mode de l’humour, un florilège de clichés racistes : il doit posséder un sexe de petite taille ou être un virtuose des mathématiques… « Comme on me mettait dans cette case, avec mon prénom et mes yeux bridés, je me défendais au nom de tous les Asiatiques », explique-t-il. Pour certains ados, le jeu de la courte paille est un révélateur de courte taille. « Ken, si tu tires, tu vas perdre direct », lui dit-on. « Forcément, ce genre de remarques joue sur le rapport que tu entretiens à ton corps. Dans les vestiaires ou les urinoirs, il m’est arrivé de sentir de la curiosité malsaine à mon égard. »