Il aura donc fallu la chute de l’ancienne capitale du Darfour pour que la communauté internationale prête enfin attention à la guerre civile soudanaise, deux ans et demi après son déclenchement, en avril 2023, et quatre ans après un coup d’Etat militaire, en octobre 2021, lequel avait mis fin à une transition civile instaurée par un mouvement populaire qui avait défié l’une des plus anciennes dictatures du continent, celle d’Omar Al-Bachir (1989-2019).
L’ampleur des massacres au Darfour depuis le 25 octobre émeut les opinions publiques, comme elles furent saisies de compassion en 2004, devant la récurrence de crimes de masse commis dans la même région. La solution politique promise alors par la diplomatie internationale n’a jamais pris forme, faute de pressions suffisantes sur le gouvernement de Khartoum et les multiples acteurs armés du Darfour, car ce qui importait alors le plus était l’indépendance du Soudan du Sud. L’approche victimaire avait alors prévalu pour l’ouest du Soudan, l’aide humanitaire et la compassion occultant la difficile résolution des problèmes environnementaux, sociaux et politiques qui avaient rendu possible un tel carnage, bien au-delà de l’impunité des responsables.