Quand le vague à l’âme la guette, Yvette Moinié vaque à des occupations extrêmes. Le 11 octobre, dans le cadre d’Octobre rose, l’intrépide a sauté à l’élastique pour la onzième fois de sa vie. C’était sur le viaduc de Saint-Georges-le-Gaultier (Sarthe), un pont ferroviaire dont la construction n’a jamais été terminée en raison de la seconde guerre mondiale. Le spot est intimidant avec ses 135 marches à monter pour accéder au tablier supérieur, ses 45 mètres de vide sous les pieds et sa vue imprenable sur les Alpes mancelles. Yvette Moinié n’a jamais eu le vertige, enfant. Elle ne l’a pas plus, à 93 ans.
Yvette Moinié est née en 1931 dans la ferme où elle est revenue vivre il y a trente-cinq ans, au cœur du village de Torcé-en-Vallée (Sarthe). Cette année-là, Paul Doumer est élu président de la République, Chaplin réalise son premier film sonore (Les Lumières de la ville) et Jean Borotra s’impose à Roland-Garros. Les activités sont rares, à cette époque, à la campagne. Ses parents cultivent 13 hectares de blé fauchés à la main. Un potager et un modeste cheptel de poules et de lapins garantissent au foyer une vie en autosuffisance. « A part se balader à vélo et danser au bal le week-end, il n’y avait pas grand-chose à faire dans le monde agricole, se souvient la nonagénaire. Je me rattrape aujourd’hui. »