Parmi tous les maux que nous inflige cette drôle d’époque, celui de l’effondrement du niveau stylistique des célébrités n’est certainement pas le plus dramatique, mais il mérite bien quelques lignes attristées. Le spectacle vestimentaire régulièrement offert par nombre de musiciens, acteurs ou sportifs de renom est en effet, sur l’échelle de la douleur oculaire, aussi intense qu’un ulcère cornéen. En cause ? Un système, comme toujours.
Si les plus grandes vedettes américaines ont commencé à travailler avec des stylistes dès la fin des années 1980, l’influence de ces derniers s’est ainsi largement amplifiée. De nos jours, toutes les stars sont en effet accompagnées d’un professionnel chargé de penser leurs tenues. L’intervention en question se limite parfois aux tapis rouges et télés, mais s’étend bien souvent aux apparitions les plus banales de la vie quotidienne.
Dans une époque tournée vers l’image, où la moindre sortie peut être placardée sur les réseaux sociaux, chaque outfit devient un enjeu de visibilité, et d’argent, les marques ne contractualisant que les plus exposés. Complices de ce jeu-là, les people acceptent donc docilement d’enfiler des panoplies qu’ils n’ont pas choisies, finissant par apparaître, selon le niveau du styliste impliqué, au mieux surhabillés, au pire tout bonnement grotesques.
Mais le vrai drame n’est même pas esthétique. De fait, dans les années 1990, les fans de Kurt Cobain l’aimaient pour sa musique, ses engagements politiques et aussi pour son allure, les cardigans miteux faisant intrinsèquement partie de son identité. Il en allait de même pour Madonna, Bill Murray, Kate Moss, le basketteur Allen Iverson et tant d’autres célébrités à l’allure très personnelle.
Aujourd’hui, comment s’attacher à l’apparence d’un acteur s’affichant un jour dans le style fleuri d’une marque, puis le lendemain dans le style gothique du concurrent ? Et pourquoi complimenter une personnalité pour une tenue pensée par quelqu’un d’autre ?
Si une vie sous les projecteurs nécessite naturellement un accompagnement vestimentaire soutenu, cette « financiarisation » du look des people nous prive d’un lien affectif fort. Accessoirement, elle prive aussi les stars en question d’un mode d’expression potentiellement réjouissant. Est-ce très grave ? Non. Mais c’est dommage.