L’Ukraine au défi de l’exemplarité en temps de guerre

La mauvaise passe que traversent l’Ukraine et le président Volodymyr Zelensky s’est aggravée sur le plan intérieur avec la démission, vendredi 28 novembre, du bras droit de ce dernier. Andriy Yermak, longtemps présenté comme inamovible, a été rattrapé par une enquête anticorruption visant des proches du président. Alors que la pression militaire russe est toujours aussi forte, cette démission est susceptible d’alimenter les doutes des alliés les moins déterminés de l’Ukraine et d’être instrumentalisée par Vladimir Poutine. Le président russe juge déjà « illégitime » un pouvoir ukrainien qui a principalement le tort de lui résister.

On peut s’épargner les leçons du maître du Kremlin en matière de justice, de droit et de légitimité. L’ébranlement que constitue cette démission à Kiev ne doit pas être sous-estimé, mais elle répond certainement aux exigences de plus de transparence et de moins de verticalité qui émanent de l’opinion publique ukrainienne. Ces exigences confirment son attachement à des valeurs qui la rapprochent de l’Union européenne et l’éloignent plus que jamais de la Russie.

Ce choc intervient alors que la quête d’un cessez-le-feu en Ukraine s’est transformée au cours des derniers mois en une pénible routine. Régulièrement, l’administration de Donald Trump fait miroiter l’espoir d’une percée significative, jusqu’à ce qu’on découvre qu’elle reprend pour l’essentiel des revendications russes. Les protestations de Kiev et des Européens conduisent alors à un rééquilibrage de la proposition américaine. Puis Moscou écarte d’un revers de main le compromis, campant sur une ligne maximaliste tout en poursuivant son pilonnage meurtrier de l’Ukraine.

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Le dernier plan en date, divulgué le 20 novembre, a connu le même sort. Mais la révélation par l’agence Bloomberg de conversations confidentielles a surtout mis en évidence l’extrême proximité de l’émissaire de Donald Trump, Steve Witkoff, avec la partie russe. Cette diplomatie américaine sans diplomates a repris à son compte, sans vergogne, une proposition russe en la présentant comme sienne, ce qui a obligé le secrétaire d’Etat Marco Rubio à d’embarrassantes contorsions. Une fois passée la stupeur, Ukrainiens et Européens sont parvenus à rééquilibrer la proposition. Il n’a pas fallu attendre longtemps avant d’entendre Vladimir Poutine réitérer son exigence d’une reddition d’une Ukraine qu’il ne parvient toujours pas à briser militairement.

Alors que Kiev et ses alliés européens espéraient que Donald Trump se soit enfin converti à la realpolitik des rapports de force avec des sanctions contre les deux principales compagnies pétrolières russes, la séquence en cours a brutalement dissipé leurs illusions. Et souligné le gouffre qui les sépare d’une administration américaine négociant dans leur dos avec la Russie.

Ce constat oblige les Européens à s’engager encore davantage pour espérer être enfin pris en compte. Par Washington tout d’abord, mais également par Moscou, même si Vladimir Poutine entend bien limiter toute négociation à un tête-à-tête avec un président des Etats-Unis sur lequel il dispose d’un ascendant manifeste. La mise sur pied de la « coalition des volontaires » conduite par l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni, a constitué une avancée significative. Mais il faut aller plus loin, notamment à propos de l’arme que constitue l’usage éventuel des fonds russes gelés en Europe, qui donne lieu depuis des mois à de décourageantes palinodies. Une Ukraine exemplaire ne peut que les aider.

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