Trente-cinq ans en un souffle… Des quelque 25 livres que JH Engström a publiés, Dimma Brume Mist est peut-être le plus personnel : un voyage dans plus de trois décennies d’archives, arpentées en faisant fi du temps, des lieux, des actes. « Cet ouvrage se situe entre le livre photo, le court-métrage expérimental, le poème et la nouvelle, confie le photographe suédois de 56 ans, qui nous reçoit dans sa maison de Montreuil, près de Paris. Je n’impose rien, aucun sens : au lecteur de construire son chemin. »
A celui qui regarde de se perdre dans cette « brume » qu’il a choisie pour titre (en suédois, en français, et en anglais, ses trois langues), en souvenir de ses « nuits d’enfance, du brouillard qui couvrait la campagne suédoise. C’est dans cette atmosphère que je me sens moi-même. Une sensation de beau, de calme, de sérénité, autour de laquelle je voulais travailler ». Peu importe le chaos, les cahots, les nuits sans fin qu’évoquent certaines de ces images en flux tendu : fougères, mousses, ombelles, pierres et méandres irradient à leur tour les pages. « Je veux infecter le négatif avec la lumière, clame-t-il. Et la lumière, tu ne la trouves pas que dans le doux. Mais ce livre est né d’un besoin d’exprimer un amour fondamental pour cette vie. »
Aussitôt, pour clarifier sa démarche, il nous convie à l’étage, dans son bureau : sur les étagères, des dizaines et dizaines de dossiers, emplis de négatifs et de planches-contacts. Des milliers d’images qui n’ont jamais vu le jour. « Il y a cinq ans, je regardais ce mur, et c’est alors que l’impulsion est née : j’ai été frappé par cette frénésie de recherche qui me pousse à aller toujours vers quelque chose, sans savoir vraiment quoi… » Cette quête aboutit, à ses yeux, à 99,9 % d’échecs, « des images de rien, de la merde. Mais pour moi, dans ces planches-contacts qui ne sont pas faites pour être vues, il y a sans doute plus de vérité que dans une image parfaite. Je n’aime pas les images parfaites. J’aime celles en lesquelles on peut croire ».