Il y avait longtemps qu’un film américain n’avait suscité autant de débats, de prises de position, de tentatives de récupération. Depuis sa sortie, fin septembre, Une bataille après l’autre s’est ainsi taillé une place de choix au sein de la rentrée culturelle, en devenant un catalyseur des discours ambiants. Il faut dire que pour son 10? long-métrage, Paul Thomas Anderson n’a pas eu froid aux yeux. Après trente ans d’un parcours sans faute dans l’indépendance (There Will Be Blood, Phantom Thread), le voilà qui décroche auprès de Warner Bros. le plus gros budget de sa carrière (estimé à 130 millions de dollars, soit 112 millions d’euros), pour raconter les destinées d’une cellule d’activistes révolutionnaires.
Pari doublement risqué : non seulement Hollywood se mêle peu de représenter les radicalités politiques, mais le « blockbuster d’auteur » n’est plus tellement en odeur de sainteté, après plusieurs échecs cuisants (Furiosa, Joker : Folie à deux, Tron : Ares). Il fallait une star pour assurer les arrières du projet : Leonardo DiCaprio, qui endosse le rôle échevelé de Pat, ancien gauchiste rouillé, bien forcé de reprendre du service le jour où son ennemi juré, chef militaire joué par Sean Penn, met la main sur sa fille adolescente (Chase Infiniti).