Sur tous les continents, des formes religieuses radicales remodèlent l’espace public, et parfois la démocratie. De l’Inde à Israël, des Etats-Unis au Brésil, le directeur de recherche au CNRS Alain Dieckhoff a eu l’idée de rassembler les meilleurs spécialistes pour saisir cette tendance de fond du XXIe siècle dans Radicalités religieuses. Au cœur d’une mutation mondiale (Albin Michel, 352 pages, 24,90 euros).
Ce projet est né du constat de l’invocation presque routinière du religieux par des responsables politiques. Citons, en 2025, l’instauration d’un « bureau de la foi » au sein de la Maison Blanche par le président américain, Donald Trump, le bain rituel dans les eaux du Gange du premier ministre indien, Narendra Modi, lors de la grande fête hindoue de la Kumbh Mela, ou encore le lexique employé par le président russe, Vladimir Poutine, qui évoque l’Ukraine comme une figure satanique. Ces invocations du religieux par les dirigeants de plusieurs grandes puissances mondiales ont été le point de départ de ce projet.
Une telle concomitance n’a rien de fortuite : ce faisceau d’événements, ainsi que la présence de plus en plus manifeste de responsables confessionnels dans l’espace public témoignent d’une visibilité beaucoup plus grande du religieux, ce qui constitue un bouleversement majeur en l’espace de quelques années à peine.
Il m’a donc semblé pertinent de creuser cette question de façon comparative, en faisant appel à des spécialistes de chaque domaine. Cette approche pluridisciplinaire est une manière de décloisonner les approches et les savoirs, et offre peut-être un moyen de remédier au constat de l’historien Denis Pelletier dans sa contribution, lorsqu’il évoque des sciences sociales « déceptives » pour analyser la violence commise au nom de la religion.