Kaouther Ben Hania se souvient parfaitement du moment où elle a entendu pour la première fois la voix de Hind Rajab appelant à l’aide. La réalisatrice tunisienne, alors en pleine campagne des Oscars pour Les Filles d’Olfa (2023), était dans un aéroport quand elle a appris le sort tragique de cette enfant de 5 ans assassinée à Gaza par des chars israéliens après des heures d’échanges téléphoniques vains avec le Croissant-Rouge palestinien, alors qu’elle était seule survivante dans la voiture, au milieu des cadavres de sa famille. « Il y avait quelque chose d’immédiat dans sa voix, confie la cinéaste quand on la rencontre à Paris en ce mois de novembre. J’avais l’impression qu’elle me demandait à moi de la sauver. J’ai eu un sentiment très fort d’impuissance d’abord, puis de tristesse et de colère. »

Hantée par les mots de Hind Rajab, sidérée par les images de destruction qui viennent chaque jour de Gaza, elle décide de mettre de côté le projet de film sur lequel elle travaillait depuis des mois. « C’était pour moi impossible de passer outre ou de revenir à quelque chose de normal. Je me posais des questions par rapport à mon travail. Comment peut-on faire du cinéma en temps de génocide ? On vit dans un monde où on est saturé par l’information au point d’être dans quelque chose de l’ordre du déni, parfois, et de l’amnésie, souvent. »

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