« Elle se fait des bleus, elle marque vite » : le déni des conjoints violents face caméra

Blanche a préparé des endives au jambon. Pour les enfants. Histoire qu’ils mangent des légumes. Le mari débarque et décide que ce sera pâtes au ketchup. Cet homme idéal, au travail, avec ses amis et la famille, a tout d’un romantique. En pleine nuit, souvent, il réveille sa femme, professeure de français, pour mener son interrogatoire. Il faut qu’elle avoue l’avoir trompé. Avec le voisin, le collègue, le boucher. Il la traite de « pute » à la moindre occasion, celles où il n’y a pas de témoin. Ne s’emporte jamais devant les enfants. Il épie chaque dépense, respire ses cheveux pour savoir si elle s’est fait un shampooing, l’appelle quinze fois par jour, vérifie ses trajets, la viole. Mais, comme il le lui répète, il ne l’a jamais frappée. Et elle, elle demande pardon. Pour être tranquille. Pour pouvoir dormir. L’Amour et les forêts (Valérie Donzelli, 2023), avec Virginie Efira et Melvil Poupaud (disponible sur France.tv), est une fiction.

Comme la sacro-sainte libération de la parole, la notion d’emprise est devenue un lieu commun. Qui cache justement la forêt. Parlons plutôt de contrôle coercitif. Première étape avant les coups, antichambre du féminicide. Jalousie maladive, insultes, isolement familial et amical, harcèlement téléphonique, menaces, chantage sur les enfants, privation des ressources, contrôle des déplacements et des vêtements… Dans Je vais te tuer (disponible sur Arte), Karine Dusfour a pu filmer les premiers procès traitant de ce mécanisme d’assujettissement, à Poitiers, Paris et Colmar – sachant que 72 % des plaintes pour violences conjugales ont été classées sans suite entre 2012 et 2021 (étude 2024 de l’Institut des politiques publiques).

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