Ah, la nature ! Qui donc pourrait ignorer, aujourd’hui, qu’elle doit être objet de toutes nos attentions et de tous nos soins ? Hier encore, hostile et toute-puissante, elle était à combattre, à soumettre, à exploiter. Elle est désormais jugée fragile, à protéger, à préserver. L’humain, autrefois fétu s’efforçant de survivre, est imaginé aujourd’hui en fléau ravageur et puissance maléfique. Cette mutation n’est peut-être que la dernière mésaventure d’un concept – celui de « nature » – qui paraît simple, mais ne l’est pas.
Au contraire, si l’on en croit la foisonnante et inventive méditation que lui consacre le philosophe Alain Badiou, ce serait en réalité un concept « prodigieusement retors ». Labile, insaisissable, constamment travaillée de significations opposées, l’idée de nature se révèle, au fil de l’analyse qu’en proposent ces pages, comme un foyer permanent de tensions multiples et de contradictions jamais surmontées. En effet, ce concept renvoie aussi bien à l’être et à sa présence ineffable qu’aux réalités calculables des sciences, incarne ici la norme et là l’antinorme, dit tantôt la règle et tantôt l’exception.