Trois livres de poche signés Thomas Mann conseillés par François Angelier

Voir Venise et mourir ! Visconti ! Mahler ! Certes, chers amis, certes, mais quatre nouvelles traductions dans le mois de La Mort à Venise, ça n’est plus le déclin de l’Occident, mais un abonnement au vaporetto ! Les œuvres complètes de Thomas Mann (1875-1955) comptant dix-neuf lourds volumes, essayons d’aller farfouiner ailleurs, de rôder hors-barrière. D’autant que si goût l’on a pour ces coups de foudre crépusculaires, ces semonces à la nuit dont La Mort à Venise reste le modèle, Le Mirage (1953) offre une excellente alternative. Certes, à Venise succède Düsseldorf, moins smart, au professeur Aschenbach, Rosalie von Tümmler, digne veuve d’un militaire sanguin, trottinant dans la vie nantie d’une fille pied-bot, Anna, et d’un fils, Edouard ; quant au Tadzio nouveau, il se nomme Ken, jeune Américain musculeux, en plein séjour linguistique. L’apparition de l’apollon yankee bouleverse Rosalie, qui sent poindre en elle les « pâques de sa féminité » et la démanger le smackostern, exquise coutume locale qui consiste à fesser les filles avec une badine de bouleau. Une idylle s’ébauche sous l’œil d’Anna, mais s’impose peu à peu le sentiment nauséeux que le ver est tapi dans le fruit et que l’épanouissement érotique décline vers le malaise et le pourrissement. Le Mann des fifties nous offre alors en final deux scènes d’anthologie : une funèbre visite de château en chausson de feutre, guidée par un manchot loquace, et le récit de l’opération fatale de Rosalie : au choléra vénitien succède un cancer au stade impérial. Voir Düsseldorf et mourir ! Un chef-d’œuvre méconnu du macabre gondolier.

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