En cette période où les plaisirs des fêtes doivent composer avec la dureté des temps, le loup apparaît comme une figure idéale car pétrie de contradictions. Il effraie – comme les menaces politiques, guerrières, climatiques qui planent sur nous –, mais c’est aussi un animal protégé, respectable, puisqu’il trône, aux côtés de l’homme, au sommet de la pyramide alimentaire, et fascinant par sa présence ancestrale dans notre culture. Animal menaçant les troupeaux, mais lui-même menacé et donc protégé par la loi, il concentre les paradoxes d’une époque qui n’en manque pas.
S’il fallait une preuve supplémentaire du pouvoir des loups sur les humains, le long spot publicitaire d’Intermarché, vu par plus de 1 milliard d’internautes du monde entier, la fournirait. Le conte de Noël met en scène un loup qui apprend à cuisiner des légumes pour se faire aimer. Au-delà du message alimentaire bien-pensant d’un grand distributeur et de la fable publicitaire à laquelle chacun est tenté de croire, l’engouement planétaire pour ce « grand méchant loup » devenant aimable sonne comme un rêve pacificateur dont nous avons probablement besoin.
Cette énième représentation du loup dans un film d’animation confirme son étrange statut : alors que les personnes l’ayant rencontré à l’état sauvage sont rarissimes, chacun a l’esprit peuplé de représentations, de mythes le concernant. Mais le canidé, disparu dans les années 1930 après des siècles de combats avec l’homme et réapparu en France en 1992 dans le parc du Mercantour, est d’abord une réalité de nos montagnes, de nos campagnes d’aujourd’hui.
Ils ont beau n’être qu’un peu plus d’un millier à être recensés dans l’Hexagone, leur présence concerne un public vaste et multiple : éleveurs et bergers, dont les animaux sont autant de proies (10 524 victimes indemnisables en 2024) dans les quelque 70 départements désormais concernés, mais aussi défenseurs de l’environnement, syndicalistes agricoles, agents de l’Office français de la biodiversité, randonneurs, etc. Sans compter le grand public partagé entre sensibilité à la cause animale et aux enjeux de la chasse, entre défense de la vie pastorale et de la biodiversité.