La commune de Crans-Montana a admis mardi 6 janvier un « manquement » aux contrôles périodiques de la sécurité incendie du bar ravagé par le feu la nuit du Nouvel An dans la station de ski suisse de Crans-Montana, faisant 40 morts et 116 blessés.
La loi impose au service de sécurité communal « de faire ces visites périodiques annuellement » dans les établissements recevant du public, a déclaré le président du conseil communal de Crans-Montana, Nicolas Féraud, lors d’une conférence de presse dans la station alpine.
En 2016, 2018 et 2019, des contrôles (y compris des normes incendie) du bar Le Constellation ont été effectués, avec des demandes spécifiques de modifications pour respecter ces normes, selon la commune. Mais « les contrôles périodiques n’ont pas été effectués de 2020 à 2025 » et « nous le regrettons amèrement », a reconnu M. Féraud, rapportant toutefois ne pas savoir pourquoi les inspections n’ont pas été faites.
« Nous en sommes profondément navrés, nous n’avons pas de réponse aujourd’hui », a-t-il ajouté. « La justice dira l’influence qu’a eue un tel manquement dans la chaîne de causalité ayant conduit au drame », a par ailleurs fait savoir la commune dans un communiqué, précisant qu’elle « assumera toute la responsabilité que la justice déterminera ».
Interrogé pour savoir s’il souhaitait démissionner, le président de la station a répondu par la négative, répétant plusieurs fois qu’« on ne quitte pas un navire au milieu de la tempête ». Mais « nous sommes tous extrêmement tristes », a commenté M. Féraud. « Vraisemblablement, les quelques chefs de sécurité qui ont été contrôler ce bar (entre 2015 et 2020) auraient dû faire plus attention », a concédé M. Féraud.
Les autorités italiennes, très remontées, ont multiplié les critiques. « Cette tragédie aurait pu » et « dû être évitée grâce à la prévention et au bon sens », a tonné lundi l’ambassadeur d’Italie en Suisse, Gian Lorenzo Cornado, devant les médias.
Le bar appartient depuis 2015 à deux Français, Jacques et Jessica Moretti. Depuis samedi, ils sont visés par une enquête et soupçonnés d’« homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence ». Ils n’ont été ni placés en détention provisoire ni assignés à résidence, ce qui a pu provoquer l’étonnement.
« Pour mettre en détention, il nous faut trois conditions. Je vous passe le risque de collusion et le risque de réitération qui, là, en l’espèce, ne sont pas examinés », a répondu mardi la procureure générale du canton du Valais, Béatrice Pilloud, sur la radio française RTL. « C’est principalement le risque de fuite » qui est à estimer et « jusqu’à présent, nous n’avons pas eu d’éléments concrets qui laissent présager une fuite », a-t-elle expliqué.
L’incendie a été provoqué, selon l’enquête, par des bougies dites « fontaines », qui ont enflammé le plafond du sous-sol du bar recouvert d’une mousse acoustique. Les clients, principalement des adolescents et de jeunes adultes, ont été piégés par les flammes. L’enquête doit notamment déterminer si cette mousse était conforme ou pas.
Des vidéos, révélées lundi soir par la télévision suisse RTS, montrent que ce n’est pas la première fois que ce type de bougies étaient utilisées dans le bar et que le danger était connu. « Faites gaffe à la mousse ! » : cette mise en garde a été prononcée il y a six ans par un employé du bar lors de la soirée du Nouvel An 2019-2020, selon une de ces vidéos.
Le président de Crans-Montana a, lui, affirmé que la commune n’avait jamais été alertée du danger. « Nous aurions voulu que ces personnes nous alertent. Nous serions intervenus immédiatement si nous avions su quelque chose », a-t-il dit. « J’ai vécu cette semaine de façon extrêmement difficile. Je sais que je porterai ce fardeau et la tristesse de toutes ces familles toute ma vie », a-t-il conclu, visiblement accablé.
Le propriétaire du Constellation avait obtenu en 2015 une autorisation de construire pour une véranda, et opéré lui-même des travaux intérieurs « qui ne nécessitaient pas d’autorisation », a également précisé la commune. En septembre 2025, un bureau externe spécialisé avait réalisé une étude acoustique du Constellation et confirmé, selon la commune, « le respect des normes antibruit, sans relever d’autres problèmes ».
A Paris, le parquet a ouvert lundi une enquête pour « accompagner les familles françaises dans les investigations menées par les autorités suisses » après ce drame qui a fait neuf morts et 23 blessés côté français.
Le long et délicat labeur d’identification des 40 morts et 116 blessés a pris fin lundi, et on sait désormais que la moitié des défunts, âgés de 14 à 39 ans, étaient mineurs. Il s’agit de 22 Suisses, dont un qui a également la nationalité française, et de 18 étrangers issus de neuf pays, selon la police cantonale du Valais.
Parmi les blessés, de 14 nationalités, figurent notamment 69 Suisses, 23 Français et 12 Italiens, dont des binationaux. Sur les 83 blessés encore hospitalisés, une cinquantaine ont été transférés vers la France, l’Italie, l’Allemagne ou la Belgique. Beaucoup de blessés étant grièvement atteints, selon les autorités, le bilan pourrait s’alourdir.
Une cérémonie d’hommage est prévue vendredi en Suisse. La porte-parole du gouvernement français, Maud Bregeon, a fait savoir que le président, Emmanuel Macron, s’y rendrait en personne.