C’est l’histoire, captivante, d’un simple employé d’une école, en Russie, au fin fond de l’Oural, qui devient lanceur d’alerte presque malgré lui. Dans la petite ville de Karabach, connue pour être l’une des plus polluées au monde, avec son usine de cuivre, Pavel Talankin est habituellement chargé de filmer le quotidien des élèves ainsi que les événements festifs. Mais le jeune vidéaste voit le sien changer radicalement, en 2022, au lendemain de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine. Très vite, des consignes émanant du Kremlin imposent aux enseignants de livrer l’explication officielle sur « l’opération militaire spéciale » visant à « dénazifier » l’ennemi. La cérémonie du drapeau fait désormais partie du rituel scolaire, tandis que les enfants, certains âgés de 8 ou 10 ans, doivent apprendre par cœur des analyses géopolitiques qu’ils n’ont pas la maturité ou le recul pour comprendre.

Cela s’appelle de la propagande, et ce documentaire, coréalisé par David Borenstein et Pavel Talankin, réussit à la faire ressentir quasi physiquement : chargé d’enregistrer avec sa caméra ces séances d’embrigadement (comme preuve d’obéissance du système éducatif), Pavel occupe un poste d’observateur privilégié, allant et venant dans les classes, captant les expressions des élèves, leurs regards dubitatifs, mais aussi leur absence de réaction. C’est l’un des moments les plus cruels du film, où l’on saisit comment, peu à peu, opère le lavage de cerveau, à coups de jeux militaires, voire de concours de lancer de grenades (!), alors que des mercenaires de Wagner, en treillis, rendent visite aux adolescents.

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