Dans la famille Abou Amro, personne ne maîtrise la langue des signes. Pour communiquer avec Dana, 12 ans, devenue sourde, ses parents, désemparés, sont contraints de crier. Seule Alina, sa petite sœur de 4 ans, est parvenue à établir un lien avec elle en lui parlant directement à l’oreille. « Alina est devenue notre interprète. Sinon, nous ne comprenons rien des besoins de Dana. C’est une immense souffrance », confie Ziad, leur père, 52 ans, joint par téléphone. Israël interdit toujours l’accès de la bande de Gaza à la presse.
Dana n’est pas née sourde. Début septembre, elle se reposait dans sa chambre, dans la ville de Gaza, lorsque l’immeuble situé juste en face a été visé par des missiles israéliens. « L’explosion a été extrêmement violente, la porte de sa chambre a été arrachée, les fenêtres ont été soufflées », raconte son père.
La jeune fille réchappe à la mort, mais dans les jours qui suivent, ses proches constatent un changement dans son attitude : Dana ne réagit plus comme avant, ne comprend plus quand on lui parle. Ses parents l’emmènent alors consulter des spécialistes de l’association Atfaluna pour les sourds, pionnière à Gaza dans le domaine depuis 1992, dont les 132 employés n’ont pas interrompu leur action malgré la destruction du centre principal de l’organisation, situé dans l’enclave. « A cause de la puissance de l’explosion, le nerf auditif a été gravement endommagé, voire totalement détruit. Dana souffre d’une perte auditive très sévère », leur expliquent-ils.