La seule répression ne fait pas une politique publique. Cela vaut pour les démocraties comme pour les régimes totalitaires. Revenus au pouvoir en août 2021, les talibans afghans se félicitent d’avoir porté un sévère coup à la culture du pavot, utilisé pour la fabrication de l’héroïne dont leur pays était le premier producteur mondial.
L’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) a confirmé, fin 2025, dans son rapport annuel, que la superficie consacrée à cette plante continuait de baisser et ne représentait plus que 4 % des 232 000 hectares cultivés avant 2022. Mais les autorités islamistes de Kaboul voient désormais surgir les conséquences d’une politique d’interdiction sans autre solution crédible.
Après la « stricte interdiction » prononcée, en avril 2022, par décret de l’émir Haibatullah Akhundzada, le chef suprême des talibans, le régime avait fait de l’éradication du pavot l’un des symboles de sa pureté doctrinale. Trois ans plus tard, la réalité se rappelle aux mollahs, confrontés au fossé entre le dogme et la gestion d’un pays. Selon l’un des responsables de l’ONU, en poste à Kaboul, les islamistes craignent désormais de s’aliéner le soutien d’une partie de la population rurale, mécontente d’avoir perdu une large part de ses revenus.