En confirmant, le 1er janvier, l’interdiction de l’entrée de 37 organisations humanitaires à Gaza, le pouvoir israélien a attaqué une nouvelle fois le peuple palestinien dans sa plus élémentaire survie, mais il a aussi mis à l’épreuve la place de l’humanitaire dans un monde à la fois plus brutal et plus fragile. Les attaques d’Israël touchent quelques-uns des piliers du monde humanitaire : Médecins sans frontières (MSF), Save the Children, CARE, Oxfam, Médecins du Monde, Handicap International…
L’interdiction fait suite aux différents blocus humanitaires de l’armée israélienne et à la création, en février 2025, de l’organisation israélo-américaine Gaza Humanitarian Foundation, entreprise privée de distribution de l’aide alimentaire : en quelques mois, cette organisation, et la milice privée qu’elle employait, a entraîné directement la mort d’au moins 1 857 personnes et fait plus de 4 000 blessés alors que des Palestiniens se rendaient à ces distributions en quête de nourriture selon l’ONU, qui affirmait aussi que l’aide était « exploitée à des fins militaires et géopolitiques secrètes ». Mais le secret n’en est plus un.
L’armée israélienne, soutenue par les Etats-Unis et une bonne partie des Etats européens, a bombardé des hôpitaux, des écoles et des camps de réfugiés, a délégitimé l’agence créée par l’ONU en 1949 pour le secours des réfugiés palestiniens (UNRWA), qui vaccine, nourrit, soigne et scolarise des millions de Palestiniens, et lui a interdit l’accès à Gaza. Plus de 500 membres du personnel humanitaires et onusiens ont été tués par l’armée israélienne depuis l’escalade des hostilités. Il faut ajouter à cela la suppression décidée par Donald Trump en 2025 de plus de 90 % des financements de l’Usaid, la puissante agence américaine d’aide humanitaire dans le monde, et l’arrêt des financements américains à plusieurs agences onusiennes, dont l’UNRWA.
Ainsi, à Gaza et ailleurs, le soin humanitaire est tombé de son piédestal, et c’est une chute brutale. Mais il faut remonter plus loin, car ce « tournant » ne date pas d’aujourd’hui et il n’est pas seulement le résultat de la brutalité délirante et sans bornes d’un Donald Trump ou d’un Benyamin Nétanyahou, dirigeants d’extrême droite qui ne sont pas isolés dans le monde actuel. Il prolonge la réorganisation du monde post-guerre froide et plus précisément du monde de l’après-11 septembre 2001.