Les autorités suisses ont annoncé, samedi 3 janvier, l’ouverture d’une instruction pénale contre les deux gérants français du bar ravagé la nuit du Nouvel An par un incendie dans la station de ski de Crans-Montana, ayant fait 40 morts et 119 blessés. Le pays a aussi décrété une journée de deuil national vendredi 9 janvier.

Les deux gérants sont accusés d’« homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d’incendie par négligence », ont fait savoir la police et le bureau de la procureure générale du canton du Valais, dans un communiqué, qui ne mentionne pas de détention provisoire.

Au terme de cette instruction, le ministère public décidera de classer l’affaire ou d’émettre un acte d’accusation. « [Cette enquête] a été ouvert[e] parce que nous avons des soupçons, mais, tant qu’il n’y a pas une condamnation, il y a une présomption d’innocence qui prévaut », a tenu à préciser devant la presse la procureure générale du canton du Valais, Béatrice Pilloud.

Les gérants de l’établissement, Jacques et Jessica Moretti, sont propriétaires de quatre bars et restaurants à Crans-Montana et alentour. Le couple, qui a repris Le Constellation il y a dix ans, a déjà été entendu « à titre de personnes appelées à donner des renseignements », avait annoncé vendredi Mme Pilloud, précisant que la suite de l’enquête devait porter « sur les travaux effectués au sein du bar, les matériaux qui sont utilisés, les autorisations d’exploiter, les mesures de sécurité ».

Brièvement interrogé par la presse suisse, le couple a dit que leur établissement avait été inspecté « trois fois en dix ans », et que tout était aux normes. Interpellé samedi par quelques journalistes devant son domicile de la commune voisine de Lens, Jacques Moretti, a lancé : « Laissez-nous tranquilles, nous aussi nous sommes en deuil. »

De son côté, le président de la commune de Crans-Montana, Nicolas Féraud, a assuré à la radio-télévision publique suisse RTS qu’il n’y avait eu aucun laxisme de la part de sa commune, mais qu’il était « évident que ce genre de catastrophe remet » des choses en cause, notamment sur « le contrôle de tous les établissements publics ».

« La Suisse est profondément triste », a déclaré sur place, dans l’après-midi, le ministre de la justice et police suisse, Beat Jans, affirmant également : « Le monde a besoin de connaître les responsabilités. » « C’est incroyablement émouvant de voir cet endroit et de réaliser la puissance de ces flammes, même au dernier étage, où j’ai pu entrer. On peut sentir l’odeur… on voit les dégâts causés par ces flammes, elles devaient être d’une intensité incroyable. Cinq cents, 600 degrés [Celsius], même à l’étage du dessus. C’est une tragédie terrible », a-t-il encore déclaré devant la presse.

Selon les premiers éléments de l’enquête, « tout laisse à penser que le feu est parti des bougies incandescentes ou des feux de Bengale qui ont été mis sur les bouteilles de champagne », selon la procureur.

Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre le début de l’embrasement du plafond. A côté, de jeunes adolescents filment la scène, semble-t-il inconscients du danger. Sur d’autres vidéos, on voit ensuite des jeunes qui tentent désespérément de sortir du bar, d’une capacité maximale de 300 personnes. Des témoins ont décrit des scènes d’horreur : des gens ont tenté de briser les vitres du bar pour s’échapper, tandis que d’autres, couverts de brûlures, se précipitaient dans la rue.

Le visionnage de nombreuses vidéos par les enquêteurs tend à accréditer les affirmations de nombreux témoins sur ces dispositifs crachant des étincelles. Outre l’usage de ces bougies, les enquêteurs se penchent sur les accès au sous-sol et la mousse – un isolant acoustique – recouvrant le plafond du sous-sol du bar, qui semble s’être rapidement embrasé, si l’on se fie aux vidéos circulant sur les réseaux sociaux. « L’enquête déterminera si cette mousse est conforme », a déclaré vendredi Mme Pilloud.

Samedi soir, onze premiers morts avaient été identifiés, dont deux mineurs. Seize blessés français ont été recensés, et neuf citoyens français n’ont toujours pas été localisés.

La Suisse a annoncé, samedi soir, avoir décrété une journée de deuil national vendredi 9 janvier. « Le 9 janvier, la Confédération prévoit, en collaboration avec les Eglises suisses, une journée de deuil national », a déclaré Guy Parmelin, président de la Confédération suisse, dans un entretien au journal dominical SonntagsBlick.

En signe supplémentaire de solidarité nationale, toutes les cloches des églises de Suisse sonneront à 14 heures, lorsque débutera une cérémonie d’hommage à Crans-Montana. « Une minute de silence est également prévue. Dans ce moment de recueillement, toutes les personnes en Suisse pourront rendre hommage, à titre personnel, aux victimes de la catastrophe », a ajouté M. Parmelin.

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