Pour fêter la nouvelle année, Pékin vient de conclure deux jours d’exercices militaires autour de Taïwan. Impressionnants par leur ampleur, ils traduisent surtout une incertitude stratégique fondamentale : Xi Jinping rappelle constamment que la conquête de Taïwan est inévitable et « dans l’air du temps », pour reprendre ses termes ; mais une victoire militaire est loin d’être assurée, en dépit de la montée en puissance de l’Armée populaire de libération. Cette incertitude explique la multiplication de démonstrations militaires spectaculaires, mises en scène avec soin et largement médiatisées.
Il ne s’agit pas seulement de s’entraîner, mais de faire peur, d’installer l’idée qu’aucune résistance ne serait possible et que toute tentative de soutien extérieur conduirait à une dégradation rapide de la situation régionale. La démonstration de force devient ainsi un instrument de substitution à une action militaire au résultat incertain et potentiellement délétère pour la survie du régime en cas de défaite.
Dans ce cadre, les exercices récents ne marquent pas une rupture opérationnelle, mais une inflexion dans leur objectif déclaré. Pékin a depuis plusieurs années normalisé ce type de manœuvres, d’« encerclement » de l’île, au point de les inscrire dans une forme de routine stratégique au moins depuis 2022. La nouveauté réside dans l’accent mis aujourd’hui d’une manière beaucoup plus forte sur la lutte contre toute « ingérence étrangère ». Cette formulation vise à dénoncer par avance les responsabilités d’une crise, en désignant les acteurs extérieurs comme fauteurs d’escalade potentiels.
Alors que la rhétorique chinoise se concentrait auparavant sur les autorités taïwanaises et la dénonciation du « séparatisme », elle s’adresse désormais aussi à l’environnement stratégique de l’île. La Chine ne cherche plus seulement à « dissuader Taïwan », mais à neutraliser les conditions politiques et psychologiques d’un soutien extérieur, en premier lieu des Etats-Unis, dont le président vient d’autoriser un nouvel accord de fourniture d’armement à Taipei pour un montant de 11,1 milliards de dollars (9,5 milliards d’euros), mais aussi régional.