« Les médias publics ont été fragilisés par ceux-là mêmes qui avaient pour mission de les défendre »

Le 23 décembre 2025, après deux mois de dérives, la commission d’enquête sur l’audiovisuel public a fait l’objet d’un sévère recadrage de la part de son président, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons, Calvados). Mais le rapporteur, Charles Alloncle (Union des droites pour la République, Hérault), renoncera-t-il pour autant à ses outrances au moment de la reprise des travaux ?

On peut en douter, puisque les auditions ont pour l’instant servi de prétexte à ses questions inquisitoriales, destinées à être reprises sur les réseaux sociaux puis à nourrir les diatribes des éditorialistes de CNews. Tout, dans ce sinistre spectacle, relève du reste d’une logique de carnaval, puisque la prétendue « affaire Legrand-Cohen » [des noms des journalistes Thomas Legrand, de Libération, et Patrick Cohen, de France 5 et France Inter] à l’origine du lancement de cette commission constitue elle-même une infox. En septembre 2025, à partir d’une vidéo grossièrement tronquée, le magazine L’Incorrect a présenté comme un complot une banale conversation dans un café entre ces deux éditorialistes et des responsables du Parti socialiste.

On aurait tort pourtant de ne voir dans cette séquence caricaturale qu’une farce sans lendemain. Les accusations portées par Charles Alloncle et par les médias détenus par Vincent Bolloré s’inscrivent en effet dans un cadre bien plus vaste : de l’Allemagne au Royaume-Uni, de la Lituanie au Danemark, de la Pologne à la Slovaquie, l’audiovisuel public est honni par l’extrême droite dans l’ensemble de l’Europe. Partout, des partis nationalistes proches de Vladimir Poutine annoncent leur volonté de privatiser ces médias, qu’ils jugent trop onéreux et trop marqués à gauche.

Menacée d’un côté par la Russie et de l’autre par les Etats-Unis de Donald Trump, l’Europe jouera une partie de son destin dans sa capacité à défendre un modèle démocratique fondé sur l’équilibre entre liberté et régulation. L’existence d’un audiovisuel public indépendant et pluraliste est au cœur de ce modèle, et c’est la raison pour laquelle l’extrême droite cherche aussi violemment à le détruire ou à le soumettre. A l’échelle française, il est donc dans l’ordre des choses que le Rassemblement national et ses alliés s’attaquent à Radio France et à France Télévisions. Malheureusement, ces dernières années, les médias publics ont aussi été fragilisés par ceux-là mêmes qui avaient pour mission de les défendre.

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