« Ça suffit maintenant », a réagi le premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, dans la nuit du dimanche 4 au lundi 5 janvier au sujet des menaces réitérées du président américain, Donald Trump, de « s’occuper » de l’île arctique danoise pour l’annexer.

« Plus de pression. Plus de sous-entendus. Plus de fantasmes d’annexion. Nous sommes ouverts au dialogue. Nous sommes ouverts aux discussions. Mais cela doit se faire par les bons canaux et dans le respect du droit international », a écrit sur Facebook M. Nielsen.

Interrogé par le magazine américain The Atlantic sur les implications pour le Groenland de l’opération militaire menée par les forces spéciales américaines au Venezuela, Donald Trump venait de déclarer que c’était à ses partenaires de les évaluer : « Ils vont devoir se faire leur propre opinion. Je ne sais vraiment pas. »

« Nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de s’en occuper », a-t-il ensuite réaffirmé devant des journalistes à bord de l’avion présidentiel Air Force One dimanche soir. Et d’ajouter, brouillon : « Nous nous occuperons du Groenland dans environ deux mois… parlons du Groenland dans vingt jours. »

Immense île arctique peuplée de 57 000 habitants et territoire autonome danois, le Groenland dispose d’importantes ressources minières, majoritairement non exploitées, et est considéré comme un emplacement stratégique. Les Etats-Unis y ont déjà une base militaire et en exploitaient une dizaine pendant la guerre froide. En décembre, le président américain s’était plaint que des navires russes et chinois naviguent « partout » le long des côtes du Groenland.

Lundi, dans un communiqué, le ministère des affaires étrangères chinois a exhorté les Etats-Unis à « cesser d’utiliser la soi-disant menace chinoise comme prétexte pour chercher des gains personnels ».

Dimanche soir, la première ministre danoise, Mette Frederiksen, s’était également élevée avec fermeté contre les propos du président américain : « Je demande instamment aux Etats-Unis de mettre fin à leurs menaces contre un allié historique et contre un territoire et un peuple qui ont clairement fait savoir qu’ils n’étaient pas à vendre. » « Il est tout à fait absurde de dire que les Etats-Unis devraient prendre le contrôle du Groenland », a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Les marques de solidarité envers le Danemark n’ont pas manqué lundi. « Il ne peut pas y avoir de modification des frontières par la force », a insisté le porte-parole de la diplomatie française, Pascal Confavreux, assurant le Danemark de la « solidarité » de la France.

Les dirigeants des pays nordiques – Suède, Norvège et Finlande – ont également publié des messages de soutien sur les réseaux. « Personne ne décide pour le Groenland et le Danemark à l’exception du Groenland et du Danemark eux-mêmes », a ainsi écrit sur X le président finlandais, Alexander Stubb.

« L’UE continuera à défendre les principes de souveraineté nationale, d’intégrité territoriale et d’inviolabilité des frontières, a, pour sa part, déclaré une porte-parole de la diplomatie européenne, Anitta Hipper, à la mi-journée. Et ce d’autant plus si l’intégrité territoriale d’un Etat membre de l’Union européenne est remise en cause. » Dans la foulée, le premier ministre britannique, Keir Starmer, a affirmé lundi qu’il soutenait son homologue danoise, Mette Frederiksen. « Elle a raison en ce qui concerne l’avenir du Groenland », a-t-il jugé, ajoutant que « le Groenland et le Royaume du Danemark, et seulement le Groenland et le Royaume du Danemark, doivent décider de l’avenir du Groenland ».

Le Danemark est un allié historique et traditionnel des Etats-Unis, se fournissant largement auprès de Washington pour son armement. Le pays, qui inclut les îles Féroé et le Groenland, « fait partie de l’OTAN et bénéficie ainsi de la garantie de sécurité de l’Alliance », a d’ailleurs rappelé dimanche sa première ministre.

L’annonce, à la fin du mois de décembre, par Donald Trump de la nomination d’un envoyé spécial pour le Groenland avait déjà provoqué un accès de fièvre entre les deux pays. Les autorités locales groenlandaises répètent ne pas être à vendre et vouloir décider seules de l’avenir du territoire.

En janvier 2025, 85 % des Groenlandais s’étaient dits opposés à une future appartenance aux Etats-Unis, selon un sondage publié dans la presse danoise et groenlandaise. Seuls 6 % y étaient favorables.

A la fin du mois de mars, le vice-président américain, J. D. Vance, avait provoqué un tollé en annonçant se rendre dans le territoire sans y avoir été invité. Il y avait finalement renoncé pour se contenter de visiter la seule base militaire américaine du territoire. A la fin du mois d’août, la télévision danoise avait révélé qu’au moins trois Américains liés à Donald Trump avaient réalisé des opérations d’influence dans le territoire polaire.

Recomendar A Un Amigo
  • gplus
  • pinterest
Commentarios
No hay comentarios por el momento

Tu comentario