La Coordination rurale viendra porter les « doléances » des agriculteurs à Paris, malgré l’interdiction de ses convois de tracteurs par le gouvernement, a promis, lundi 5 janvier, son président, très remonté après un rendez-vous avec le premier ministre, Sébastien Lecornu, qui reçoit les syndicats agricoles jusqu’à mardi.
Selon plusieurs arrêtés préfectoraux consultés lundi par l’Agence France-Presse (AFP), les mouvements et convois de tracteurs sont interdits dans la majeure partie de la France jusqu’à jeudi.
Les crises sont nombreuses : épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) qui touche les bovins ; faible cours du blé et prix élevé des engrais qui plombent les céréaliers ; menace d’une concurrence accrue des pays latino-américains du Mercosur ; négociations ardues à venir concernant la politique agricole commune (PAC) européenne ; détresse des viticulteurs…
« On montera » porter les « doléances » des agriculteurs à Paris, de façon « pacifique » et « même si la moitié [des manifestants] doit finir en garde à vue », a déclaré à la sortie de Matignon Bertrand Venteau, président de la Coordination rurale (CR), deuxième syndicat agricole. La CR espère l’arrivée de ses cortèges pacifiques aux abords de Paris à compter de jeudi, a-t-elle précisé à l’AFP.
Se disant « maltraité » par le gouvernement et prétendant n’avoir eu que des réponses « vagues » du premier ministre, il a ajouté que ses troupes, « remontées », ne lâcheraient « rien », notamment pour obtenir la fin de l’abattage total des troupeaux dans lesquels des cas de dermatose bovine ont été décelés.
Habituée des actions coup de poing, la CR est depuis début décembre, avec la Confédération paysanne, le fer de lance de la contestation contre la gestion de cette maladie, qui a ravivé une colère plus large.
« Ce n’est pas un arrêté de circulation qui va nous empêcher de rouler demain (…) On passera par les champs, par les bois, par les forêts », a renchéri Lionel Candelon, président de la chambre d’agriculture du Gers.
« On restera mobilisés » contre l’accord UE-Mercosur, a pour sa part déclaré Pierrick Horel, président des Jeunes Agriculteurs (JA), à la sortie du rendez-vous, annonçant, si l’accord devait être signé, comme la Commission européenne l’espère, dans les prochains jours, une mobilisation au Parlement européen le 19 janvier, sans donner de détail sur la mobilisation des prochains jours.
Son allié, la FNSEA, qui sera reçue mardi à 17 h 30 à Matignon, avait lancé ses tracteurs en direction de la capitale, début 2024, et a sonné la « mobilisation nationale », dimanche. Cela pourrait donner de l’ampleur au mouvement, mais ses actions semblent pour le moment locales et ne pas se diriger vers de grands déplacements.
Plusieurs actions ou blocages routiers ont été dénombrés par la gendarmerie, lundi, notamment sur les autoroutes A75 (Lozère), A64 (Haute-Garonne), A51 (Isère), A84 (Manche) et sur l’A7 à différents niveaux, notamment aux abords de Lyon.
Après des premières rencontres à Matignon et à l’Elysée en décembre, le gouvernement a promis, vendredi, « de nombreuses mesures » « tout au long du mois de janvier ». La ministre de l’agriculture, Annie Genevard, a annoncé, lundi, que le fonds hydraulique agricole passerait à 60 millions d’euros en 2026.
Dimanche, le premier ministre avait promis, dans une lettre ouverte aux agriculteurs, d’entrer dans une phase « plus offensive ». M. Lecornu appelait notamment l’UE à « amplifier rapidement » ses contrôles aux frontières pour tous les produits agricoles qui « ne respecteraient pas les normes sanitaires et phytosanitaires » de l’Union imposées aux producteurs.
Sébastien Lecornu et Annie Genevard ont confirmé, dimanche, qu’ils suspendraient par arrêté l’importation de fruits et légumes d’Amérique du Sud contenant des résidus de fongicides et herbicides interdits en Europe. Attendu mardi au Journal officiel, l’arrêté devra toutefois obtenir un feu vert de Bruxelles, où Annie Genevard se rend mercredi pour une réunion spéciale avec ses homologues européens sur le Mercosur et la PAC.
Pour l’heure, les syndicats jugent toutes ces promesses « insuffisantes ». « On ne bouge pas jusqu’à ce que le gouvernement réponde à nos sollicitations » concernant la dermatose ou l’accord avec le Mercosur, a déclaré lundi à l’AFP, sur un barrage routier au sud de Lyon, Laurence Chanove, animatrice régionale de la Coordination rurale.
Après une relative trêve de Noël, la Coordination rurale et la Confédération paysanne, reçue mardi à 19 heures à Matignon, avaient prévenu que les agriculteurs relanceraient la mobilisation en janvier, faisant envisager un troisième hiver de mobilisation agricole avant le Salon de l’agriculture.