Des travailleurs humanitaires de l’ONG française Terre d’asile en Tunisie, jugés pour avoir « facilité l’entrée illégale et le séjour » de migrants, ont été libérés dans la nuit de lundi à mardi 6 janvier, a annoncé le comité de soutien de l’une d’entre eux.

Sherifa Riahi, ancienne directrice de l’ONG, et plusieurs de ses collègues étaient emprisonnés depuis plus de vingt mois. Le comité a publié sur Facebook une vidéo d’elle à sa sortie de prison et a ajouté que les autres travailleurs humanitaires avaient également été libérés.

L’avocat Mahmoud Daoud Yaacoub, membre du collectif de défense de Sherifa Riahi, a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) que le tribunal avait prononcé une peine de deux ans de prison avec sursis à l’encontre des accusés, jusqu’ici placés en détention provisoire. « Demain, nous prendrons connaissance du reste du jugement concernant les accusés en liberté », a-t-il ajouté.

Parmi les 23 prévenus figurent aussi les 17 membres du conseil municipal de la ville de Sousse, dans l’est du pays, dont deux en détention, mis en cause notamment pour avoir prêté des locaux à l’association.

Avant l’audience de lundi, le comité de soutien à Sherifa Riahi avait assuré que « toutes les accusations laissant supposer l’existence d’activités illégales et non conformes aux procédures de l’action humanitaire [avaient] été levées » pendant l’instruction. Il en est « de même » pour « les allégations relatives à des financements illicites, à des flux financiers suspects », selon le comité. Les 23 prévenus, également inculpés « d’entente dans le but d’héberger ou de cacher des personnes entrées clandestinement », encouraient jusqu’à dix ans de prison.

Leurs avocats soulignent qu’ils ont mené une action humanitaire d’aide aux demandeurs d’asile et migrants vulnérables dans le cadre d’un programme approuvé par l’Etat tunisien, en coordination directe avec le gouvernement.

Sur sa page Facebook, la rapporteuse des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits humains, Mary Lawlor, avait appelé dimanche les autorités tunisiennes à « remettre [Mme Riahi] en liberté plutôt que de la poursuivre sur la base d’accusations fallacieuses liées à sa défense des droits des migrants ».

Les prévenus emprisonnés avaient été interpellés en mai 2024 en même temps qu’une dizaine d’autres travailleurs humanitaires, parmi lesquels la militante antiraciste Saadia Mosbah, dont le procès s’est ouvert fin décembre.

La Tunisie est un point de passage important pour des milliers de migrants d’Afrique subsaharienne cherchant chaque année à rejoindre clandestinement l’Europe par la mer. En février 2023, le président Kaïs Saïed avait dénoncé l’arrivée « de hordes de migrants subsahariens » menaçant, selon lui, de « changer la composition démographique » du pays.

Les mois suivants, des milliers de Subsahariens avaient été rapatriés ou avaient fui par la mer pendant que des centaines d’autres étaient conduits par la police tunisienne, selon des ONG, aux frontières désertiques avec l’Algérie et la Libye, où au moins une centaine d’entre eux sont morts.

Recomendar A Un Amigo
  • gplus
  • pinterest
Commentarios
No hay comentarios por el momento

Tu comentario