Après l’attaque américaine contre le Venezuela et l’enlèvement le 3 janvier du dictateur Nicolas Maduro, un message apparemment anodin a attiré une attention particulière. Katie Miller, épouse de Stephen Miller, directeur de cabinet adjoint de Donald Trump, a publié sur la plateforme X une carte du Groenland recouverte du drapeau américain et du mot « soon » (« bientôt »). Peu après, Donald Trump a déclaré que les Etats-Unis avaient besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale, le Danemark n’étant pas en mesure de défendre seul l’île. La première ministre danoise, Mette Frederiksen, a rejeté cette affirmation et souligné la souveraineté du Danemark et du Groenland. Le premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, a également insisté sur la souveraineté du Groenland.
Le Groenland n’est pas un avant-poste lointain, mais revêt une grande importance pour toute l’Europe. L’île a le statut de pays et de territoire d’outre-mer de l’Union européenne (UE) avec des droits spéciaux. Les Groenlandais sont citoyens du royaume du Danemark et donc citoyens de l’UE avec des droits de libre circulation. Mais, surtout, le Groenland revêt une importance stratégique considérable : sur le plan militaire, en tant que zone-clé dans l’Arctique, sur le plan économique, en raison de ses matières premières, et sur le plan géopolitique, dans le contexte des nouvelles routes maritimes et du changement climatique. Celui qui contrôle le Groenland influence un domaine-clé de la politique de sécurité européenne.
Comment les Européens pourraient-ils et devraient-ils réagir à la provocation américaine et au risque réel d’une invasion par les Etats-Unis ? La première option consiste à attendre, dans l’espoir que les institutions américaines et la Constitution limitent les aventures en matière de politique étrangère. Cette stratégie est confortable, mais risquée. Comme des troupes américaines sont déjà présentes au Groenland [sur la base spatiale de Pituffik, dans le nord-ouest de l’île], il serait facile pour les Etats-Unis de renverser le gouvernement légitimement élu de la capitale groenlandaise, Nuuk, et d’exploiter les ressources naturelles du Groenland à leur guise.