Le compte à rebours est lancé pour le mouvement Alberta Prosperity Project (APP). Ce groupe citoyen souverainiste de droite a en effet reçu, vendredi 2 janvier, le feu vert des autorités électorales de l’Alberta : ils ont quatre mois pour recueillir près de 178 000 signatures nécessaires afin de déclencher un référendum. La question de la pétition est simple et explosive : « Etes-vous d’accord pour que la province de l’Alberta cesse de faire partie du Canada pour devenir un Etat indépendant ? »
L’initiative joue sur le rêve d’une Alberta libre et prospère, que ses partisans espèrent voir devenir « la première économie d’Amérique du Nord », grâce à ses immenses réserves de pétrole. Derrière cette promesse perce aussi un interminable ressentiment : celui d’un Ouest qui se sent marginalisé par un pouvoir fédéral perçu comme centralisateur et hautain, dont la souveraineté albertaine permettrait de se libérer.
Depuis des décennies, le sentiment d’« aliénation de l’Ouest » revient tel un refrain lancinant dans la politique canadienne. Le programme énergétique national de 1980 a laissé une cicatrice durable – l’APP l’évoque d’ailleurs comme un épouvantail. En fixant le prix du pétrole et en taxant les revenus pétroliers pour redistribuer les gains vers d’autres provinces, le gouvernement du libéral Pierre Elliott Trudeau (1980-1984) avait, selon bien des Albertains, planté un couteau dans le dos de l’Ouest.