Sous pression de Washington depuis la capture de Nicolas Maduro par des troupes américaines, le Venezuela a annoncé, jeudi 8 janvier, la libération de « nombreux prisonniers » vénézuéliens et étrangers. Cette décision est « un geste unilatéral du gouvernement » afin « de favoriser la coexistence pacifique », a fait valoir Jorge Rodriguez, le président du Parlement du pays, sans préciser ni le nombre ni la nationalité des détenus relâchés.
Dans la foulée, le gouvernement espagnol a annoncé la libération de cinq de ses ressortissants, précisant qu’ils « s’apprêtent à rentrer en Espagne ». Parmi eux, l’avocate et militante vénézuélienne Rocio San Miguel, arrêtée en février 2024, qui possède aussi la nationalité espagnole. Son procès, alors qu’elle était accusée d’être impliquée dans un prétendu complot visant à assassiner Nicolas Maduro, avait été reporté plusieurs fois. Elle « va bien », a affirmé, jeudi, son avocate, Theresly Malave, à l’Agence France-Presse (AFP). Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a salué « un acte de justice », la Maison Blanche un « exemple » de « l’influence » de Donald Trump.
L’ancien postulant à la présidentielle de 2024 au Venezuela Enrique Marquez fait également partie des premiers prisonniers politiques libérés, selon une vidéo d’un journaliste local. « Tout est fini », entend-on dire Enrique Marquez à son épouse, dans un quartier de Caracas où il a été conduit par des policiers en compagnie de Biagio Pilieri, un collaborateur de l’opposante et Prix Nobel de la paix, Maria Corina Machado.
M. Marquez, 62 ans, avait été arrêté en janvier 2025. Il s’était inscrit à la présidentielle de juillet 2024 afin de pouvoir être le représentant principal de l’opposition en cas de rejet par le pouvoir de la candidature d’Edmundo Gonzalez Urrutia, qui avait lui-même remplacé au pied levé Mme Machado, déclarée inéligible. M. Urrutia avait finalement pu se maintenir face à M. Maduro et M. Marquez n’avait pas défendu sa candidature. Avant son arrestation, il avait mené une croisade judiciaire contre la réélection de M. Maduro, acquise, selon l’opposition et une partie de la communauté internationale, dans des conditions entachées de fraude.
L’ONG Foro Penal, qui estimait avant jeudi à 806 le nombre de prisonniers politiques au Venezuela, dont 175 militaires, s’est félicitée de la « bonne nouvelle » que constituait de cette annonce. En septembre 2025, un groupe d’experts des Nations unies avertissait d’un durcissement de la persécution pour motifs politiques au cours des derniers mois au Venezuela. Certaines des personnes visées avaient été écrouées à l’Hélicoïde, une prison redoutée et gérée par les services de renseignements.
Les libérations promises, jeudi, interviennent trois jours après le début du mandat de la présidente par intérim, Delcy Rodriguez. « Nous ne sommes pas subordonnés ni soumis », a-t-elle lancé, jeudi, évoquant la « loyauté envers le président Nicolas Maduro, qui a été enlevé ». « Ici, personne ne s’est rendu. Ici, il y a eu des combats, (…) des combats pour cette patrie », a rappelé Mme Rodriguez, lors d’une cérémonie en hommage aux morts, en présence notamment du ministre des affaires étrangères cubain, Bruno Rodriguez.
L’opération américaine a fait au moins une centaine de morts selon le ministre de l’intérieur, Diosdado Cabello. Dans ce décompte figurent au moins un milicien, 23 militaires vénézuéliens et 32 Cubains. « Nous sommes loyaux envers la première combattante, la députée Cilia Flores [épouse de Nicolas Maduro], et nous nous sommes engagés à ne pas nous reposer avant de les voir libres, de retour chez eux et de retour dans leur patrie », a encore promis Mme Rodriguez.
Au même moment, Donald Trump a réaffirmé ses ambitions sur le Venezuela et son pétrole. « Seul l’avenir nous dira » combien de temps Washington entend garder une tutelle sur Caracas, a déclaré le président américain dans un entretien au New York Times. Le républicain avait déjà assuré qu’il allait « diriger » le pays jusqu’à « procéder à une transition sûre, appropriée et judicieuse ». Interrogé par le quotidien pour savoir si la situation durerait trois mois, six mois, un an ou plus, il a répondu : « Je dirais beaucoup plus longtemps. »
Donald Trump, qui recevra, vendredi, les dirigeants des grands groupes pétroliers américains pour leur vanter les « immenses » opportunités au Venezuela, s’est aussi félicité de la « très bonne entente » avec le pouvoir intérimaire à Caracas. « Ils nous donnent tout ce que nous jugeons nécessaire », a-t-il souligné.
Dans le même temps, des sénateurs républicains se sont joints, jeudi, à leurs collègues démocrates pour faire avancer une résolution visant à limiter les pouvoirs militaires de Donald Trump contre le Venezuela. Le texte doit désormais être soumis au vote au Sénat, la semaine prochaine. En cas d’adoption, il se dirigera vers la Chambre des représentants, où son sort est plus incertain. Même en cas d’adoption par les deux chambres, Donald Trump pourrait mettre un veto probablement insurmontable au texte, dont la portée reste donc largement symbolique.
Pour illustrer encore sa totale liberté de décision dans le domaine militaire, le président américain a annoncé, jeudi, lors d’une interview sur la chaîne conservatrice Fox News, que les Etats-Unis allaient à présent « commencer des frappes au sol en ce qui concerne les cartels » de drogue, sans préciser exactement où. « Les cartels dirigent le Mexique. C’est très, très triste de voir et regarder ce qui est arrivé dans ce pays », a-t-il ajouté, alors que Washington mène déjà, depuis plusieurs semaines, des frappes contre des embarcations maritimes dans les Caraïbes et le Pacifique.