Lorsqu’une allergie s’emballe, elle peut provoquer une réaction généralisée, l’anaphylaxie. Dans les cas les plus sévères, qui concernent selon l’Inserm près de 5 % des personnes allergiques, le choc anaphylactique constitue une urgence médicale absolue, parfois mortelle. La coupable de cette réaction soudaine est l’immunoglobuline E (IgE), un anticorps. Chez les personnes allergiques, les IgE se fixent à la surface de cellules immunitaires, les mastocytes et les basophiles, via un récepteur. Lors d’un nouveau contact avec l’allergène, ces cellules libèrent massivement de l’histamine et d’autres médiateurs inflammatoires, déclenchant le choc anaphylactique.

Depuis plus de vingt ans, on dispose d’un anticorps monoclonal, l’omalizumab, capable de neutraliser les IgE circulantes et d’atténuer l’intensité des réactions. Mais ce traitement est coûteux et impose des injections fréquentes. D’où l’idée d’amener l’organisme à fabriquer lui-même ses anticorps anti-IgE. C’est l’objectif des équipes de Laurent Reber (Inserm, Toulouse) et de Pierre Bruhns (Institut Pasteur, Paris), en collaboration avec la société de biotechnologie française Néovacs.

Début décembre 2025, ces chercheurs ont rapporté dans la revue Science Translational Medicine avoir conçu un vaccin dit « conjugué ». Il associe un fragment de l’IgE humaine – celui qui permet normalement sa fixation aux cellules immunitaires – à une protéine porteuse très immunogène : une version non toxique de la toxine diphtérique déjà utilisée dans plusieurs vaccins. Le fragment d’IgE a été modifié afin d’adopter une conformation incapable d’activer les mastocytes. En quelque sorte, le détonateur de la réaction allergique est désamorcé : le système immunitaire apprend à reconnaître l’IgE humaine et à produire des anticorps contre elle, sans déclencher l’allergie.

Ce vaccin a été injecté à des souris « humanisées », génétiquement modifiées pour produire l’IgE humaine et son récepteur sur les cellules immunitaires. Après vaccination, ces animaux ont fabriqué des anticorps capables de neutraliser l’IgE humaine et d’empêcher son interaction avec les mastocytes.

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