Par le truchement d’un amendement au budget de la région Ile-de-France, le groupe politique de Valérie Pécresse [Les Républicains] a décidé d’« engager des partenariats avec des institutions mémorielles consacrées aux crimes [des] régimes communistes en Europe centrale et orientale » en vue de les intégrer au parcours pédagogique des lycées franciliens. Cette initiative a reçu le soutien et les applaudissements en séance des élus du Rassemblement national. Outrepassant les compétences d’une région, l’Ile-de-France veut donc s’ingérer dans les contenus pédagogiques en instrumentalisant l’histoire et les mémoires.
L’exposé des motifs de cet amendement, adopté le 17 décembre, constitue un résumé d’une dérive de responsables politiques qui font usage de faits historiques pour leur propre calendrier et entretiennent ainsi la confusion intellectuelle. Une telle confusion menace de relativiser le nazisme et le fascisme et de banaliser leurs crimes. Par exemple, après avoir rappelé le partenariat de longue date entre les lycées franciliens et le Mémorial de la Shoah, cet amendement indique vouloir le prolonger à « d’autres formes de répression politique » qui ont marqué le XXe siècle. Réduire le crime contre l’humanité que fut la Shoah à une répression politique aurait dû faire bondir des élus de la République… Ce ne fut, malheureusement, pas le cas.
Ainsi, parmi les nouveaux partenariats proposés par la droite régionale, plusieurs concernent des institutions problématiques déjà pointées par des historiens ou des associations de la mémoire juive. De nombreux musées sur le communisme dans l’est de l’Europe, de multiples mémoriaux, marqués par des perspectives nationales post-1990, tendent à minimiser le nazisme pour mieux souligner les violences commises par le régime soviétique et la légitimité à les combattre.
Parmi les partenariats indiqués, la Maison de la terreur en Hongrie a été créée à l’initiative du président Victor Orban. Elle présente dans un même récit les crimes du régime des Croix-Fléchées, fascistes hongrois alliés des nazis, et ceux du régime communiste. Ainsi est tracée une équivalence entre deux idéologies et leurs crimes, et est minimisée la spécificité des régimes fascistes alliés à l’Allemagne nazie : l’antisémitisme. Cette Maison de la terreur est dirigée par Maria Schmidt, qui a aussi été, un temps, chargée du projet de musée de la Shoah dénoncé par les organisations juives et des historiens comme une tentative de réécrire l’histoire de la Shoah en Hongrie en atténuant la responsabilité nationale.