Hélène Rossinot, médecin : « En matière de santé publique, les injonctions blessent et culpabilisent »

Les données s’accumulent. Rapport après rapport, le constat se répète. Le dernier baromètre de Santé publique France, paru le 11 décembre 2025, ne fait que confirmer ce que chercheurs, soignants et observateurs attentifs savent depuis longtemps : la santé est étroitement liée à la situation sociale.

L’écart est vertigineux, constant. Il suffit d’ouvrir ce rapport pour apprendre qu’en 2024 seuls 10,1 % des plus aisés fument quotidiennement quand 30 % des moins aisés sont concernés, ou encore que les personnes se déclarant comme les plus à l’aise financièrement perçoivent plus souvent leur santé comme de bonne à très bonne (82,5 %), contre 50,4 % chez ceux rencontrant des difficultés financières, déclarent moins de limitations d’activité (16,3 %, contre 40,1 %) et présentent des prévalences plus faibles d’hypertension artérielle (18,6 %, contre 24,1 %) et de diabète (4,5 %, contre 9,5 %).

La France mesure ces inégalités. Elle les nomme, quantifie, documente avec sérieux. Mais, une fois les chiffres établis, quels choix en découlent ?

La réponse est aussi simple que désespérante : aucun, trop peu ou trop tard. Dans notre pays, tous nos espoirs reposent sur le système de santé et le système social. Le premier soigne, accompagne, compense. A ses côtés, le second soutient, indemnise, amortit. Mais tous deux n’interviennent bien trop souvent qu’en aval, lorsque la maladie est déjà là, que l’épuisement a atteint un point critique, lorsque l’on ne peut plus faire autrement. Pendant ce temps, les politiques publiques qui influencent directement les conditions de vie – emploi, logement, environnement, finances, mobilités et tant d’autres – continuent à s’élaborer sans évaluation systématique de leur impact sur la santé.

On agit. On observe. On répare les dommages. Mais jusqu’à quand le tolérera-t-on ? Et quand comprendra-t-on que la prévention ne peut fonctionner tant que l’Etat ne donne pas à ses citoyens les conditions nécessaires pour réussir ?

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