« La tragédie de Crans-Montana témoigne aussi d’un bouleversement dans la façon de faire la fête qu’il est urgent d’accompagner »

Au moment où le plafond d’un bar de Crans-Montana, en Suisse, s’embrase, vers 1 h 30 du matin, le 1er janvier, des jeunes dansent sur A.W.A, qui a fait le succès du rappeur Lacrim en 2014. Ils chantent et sautent tout en essayant d’éteindre le feu. La tragédie du Nouvel An témoigne d’un bouleversement dans la musique, dans la façon dont elle s’invite la nuit et fait danser, un bouleversement des lieux festifs. Cette mutation esthétique, intense partout en Europe, est exaltante mais peut avoir des conséquences dramatiques si on ne l’accompagne pas. Et vite.

Le nombre de discothèques traditionnelles, ouvertes la nuit pour danser, est passé de 4 000 dans les années 1980 à 1 000 aujourd’hui. Une hécatombe. Ce sont surtout en région, à la périphérie des villes, en zone commerciale, rurale également, qu’elles ont disparu. Tel un symbole, les boîtes de nuit Macumba, accueillant jusqu’à 8 000 personnes, où l’on se rendait en voiture pour danser sur de la disco et faire des rencontres, étaient au nombre de 23 au début des années 1990. La dernière a fermé dans le Nord en février 2025.

Les discothèques ne vont pas mourir, heureusement, tant elles jouent leur rôle social et culturel, été comme hiver, partout sur le territoire, là où les lieux de culture sont rares. Beaucoup se bougent, s’adaptent, créent l’événement. Mais elles ont du mal à suivre le mouvement sociétal. On dit souvent que la jeunesse est casanière et rencontre désormais l’âme sœur sur les réseaux sociaux. Disons plutôt que la fête musicale se déroule autrement.

Déjà, elle s’est déplacée. La danse collective est concentrée désormais dans les villes, comme les lieux culturels du reste, ces derniers créant un déséquilibre problématique au niveau du territoire. Les musiques qui font bouger ont également muté : la disco des boîtes de campagne s’éclipse au profit des musiques urbaines – électro et rap.

En ville donc, mais ailleurs. Goûtant moins les rituels de la boîte de nuit, les jeunes réinventent la soirée heureuse à partir de multiples expériences en un seul lieu. C’est ainsi que les bars et restaurants s’invitent à la fête collective. On s’y retrouve entre amis à 20 heures, on boit des verres, on dîne, et parfois, sans attendre minuit, on pousse les tables et on danse. La musique n’est pas assourdissante. On se parle, s’interpelle, on chante. Comme à Crans-Montana.

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