La nuit est tombée sur Ouidah, dans le sud-ouest du Bénin, vendredi 9 janvier. Sur la plage, face à la Porte du non-retour – ce monument de bronze érigé en 1995, là où embarquaient les esclaves –, plusieurs milliers de personnes se sont massées dans l’obscurité. Les tambours battent depuis une heure déjà. Des colonnes de vodounsi – ces initiés consacrés aux divinités du panthéon vodoun – serpentent en transe entre les corps serrés, leurs incantations gutturales se mêlant au ressac de l’Atlantique. Sur l’estrade dressée pour l’occasion, les sakpatassi – danseurs sacrés du dieu de la variole – martèlent le sol de leurs pieds nus, le torse zébré de kaolin, leurs mouvements saccadés mimant la lutte ancestrale contre les épidémies.
Une rumeur parcourt la foule : le cortège présidentiel vient de franchir le cordon de sécurité. Patrice Talon et son épouse Claudine s’avancent vers les places d’honneur, vêtus de blanc, en tenue traditionnelle. Le chef de l’Etat s’assoit face à l’océan. Comme des millions de Béninois, il est venu entendre ce que le fâ – l’oracle yoruba – va prédire pour 2026, année où s’achève son second mandat.