« En Iran, l’escalade répressive expose le régime à une double vulnérabilité, interne et externe »

Les manifestations iraniennes, qui s’étendent désormais à l’ensemble du territoire, posent avec acuité la question d’un statu quo devenu intenable et de l’émergence de solutions de remplacement à un système politique à bout de souffle, fondé sur la répression et le repli idéologique. Pour assurer sa survie, l’élite dirigeante de la République islamique cherche avant tout à gagner du temps, en misant sur une réponse répressive et sécuritaire destinée à contenir – au moins provisoirement – l’irruption de la colère politique dans l’espace public.

Confronté à une vulnérabilité économique croissante, le pouvoir s’abrite derrière une grille de lecture conspirationniste, réduisant la contestation à une manœuvre géopolitique orchestrée de l’extérieur par Israël et les Etats-Unis. Une telle lecture masque pourtant l’essentiel : il s’agit d’un mouvement social interne, nourri par l’échec du régime à gouverner efficacement, à stabiliser l’économie et à articuler une politique étrangère compatible avec les intérêts économiques nationaux [la monnaie nationale, le rial, s’est effondrée face au dollar, amplifiant les difficultés des commerçants, chez qui la contestation est apparue à la fin de décembre 2025].

Comme à chaque cycle de contestation, les autorités distinguent les « bons » manifestants des « mauvais », accusés de menacer l’« unité nationale » – depuis vendredi 9 janvier, elles les qualifient d’« agents terroristes ». Cette stratégie est vouée à l’échec. Les manifestants poursuivent leur mobilisation précisément parce qu’ils estiment que la réponse ne peut être uniquement technocratique, en lien avec le gouvernement « modéré » du président Pezechkian.

Leur colère est le symptôme d’un déclassement généralisé : la classe moyenne iranienne se délite, la pauvreté progresse, et plus d’une décennie de stagnation a détruit toute perspective de mobilité sociale. L’ascenseur économique est en panne. Cette paupérisation n’est pas conjoncturelle ; elle est le produit d’un échec structurel, celui d’un régime incapable de produire des stratégies politiques cohérentes et d’investir ses ressources dans la défense de l’intérêt général.

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