Gilles Gressani, spécialiste en géopolitique : « La doctrine du trumpisme peut s’exprimer à partir d’une notion, la recolonisation »

Les révolutions sont des machines étranges : pour ne pas se crasher, elles doivent accélérer. En 2026, le nouveau trumpisme entre dans son an II. C’est un moment délicat. Beaucoup a été fait en douze mois, mais justement : c’est trop et pas assez.

Les élections de mi-mandat approchent, les sondages sont mauvais pour les républicains et, lorsque les Américains votent, les résultats sont pires encore, comme en témoignent les défaites cuisantes aux municipales à New York ou à Miami. Les juges sont toujours là, et les preuves d’agissements aux limites de la loi du président américain s’accumulent. En moins d’un an, la fortune du président et de sa famille s’est accrue de plusieurs milliards de dollars, au moment même où le pouvoir d’achat demeure une question extrêmement sensible pour tous ceux qui ne font pas partie de l’oligarchie américaine.

Les élites trumpistes le savent. C’est pour cette raison que, depuis le 2 janvier, nous vivons un moment géopolitique inédit. Depuis la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis n’avaient jamais, en l’espace de quelques heures, menacé d’intervenir dans cinq pays étrangers – à Cuba, en Colombie, en Iran, au Mexique et au Groenland [île dépendant du Danemark] – après en avoir frappé un sixième [le Venezuela]. Jamais ils n’avaient capturé et enlevé un président en place pour le juger. Jamais ils n’avaient fait de l’annexion territoriale un objectif explicite de leur politique étrangère.

Cette spectaculaire démonstration de force et de brutalité nous tend un piège. Si, au Venezuela, nous avons assisté à un coup contre un dictateur – mais pas encore contre une dictature –, c’est qu’en réalité, la seule véritable tentative de changement de régime n’a pas lieu à Caracas mais à Washington.

La doctrine globale du trumpisme est désormais explicite, radicale, réactionnaire. Elle peut s’exprimer à partir d’une notion : la recolonisation. Bring back colonialism [« remettre le chapeau impérial »] et Make colonialism great again [« rendre sa grandeur au colonialisme »] sont devenus les nouveaux mots d’ordre de la première puissance occidentale.

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