Rue Anne-Frank à Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne), square Lucie-Aubrac à Lyon (Rhône), école Simone-de-Beauvoir à Marseille, piscine Rosa-Parks à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis)… Longtemps impensée ou décriée, entre tradition et aquoibonisme, la féminisation des espaces publics est en marche dans la majorité des villes françaises. Bien que les hommes continuent de dominer l’odonymie nationale, et que les efforts pour modifier cet état de fait varient d’une commune à l’autre, les données analysées par Les Décodeurs dressent un constat sans appel : les personnalités féminines sont désormais largement privilégiées pour baptiser les nouvelles voies.
C’est la Mairie de Paris qui a fait office de pionnière en la matière, en 2001, sous l’impulsion du maire de l’époque, le socialiste Bertrand Delanoë. « Il encourageait les élus d’arrondissement à faire des propositions pour féminiser les noms des rues et des équipements publics, comme les arrêts de bus ou de métro », rappelle Alexandra Mallah, doctorante en géographie à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et spécialiste de la féminisation de l’espace public parisien.
Toutefois, pour la majorité des municipalités, la question de la visibilisation des femmes se pose plus tard, en 2014, en réaction à la publication d’une enquête de l’organisation non gouvernementale Soroptimist. Celle-ci note alors que, selon ses calculs, seulement 3 % des voies françaises portent le nom d’une femme. « Cela provoque une prise de conscience dans les municipalités, les institutions ainsi que dans le milieu de la recherche en France, explique Alexandra Mallah. On commence à s’intéresser à ce sujet à partir de ce moment précis, a fortiori dans des espaces qui se soucient de l’égalité femmes-hommes et des droits des minorités sexuelles. » Par la suite, des actions militantes amplifient le débat, en recouvrant, par exemple, les plaques de noms de rues de fausses plaques honorant des personnalités féminines.