« Les tenants de l’agriculture intensive veulent sanctuariser le droit à pomper sans limites et à polluer les ressources d’eau potable »

Le 12 décembre 2025, des centaines de tracteurs aux couleurs des Jeunes Agriculteurs, de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et de la Coordination rurale convergeaient de toute l’Ille-et-Vilaine, du Morbihan, de la Mayenne et de la Loire-Atlantique vers un endroit minuscule : la salle communale la Clé des champs, dans la petite ville de Châteaubourg (Ille-et-Vilaine). Cette grande procession a reçu bien moins d’attention que celle qui s’est achevée, jeudi 8 janvier, sous la tour Eiffel, à Paris, marquant l’opposition du monde agricole à l’accord de libre-échange avec le Mercosur.

Que se passait-il à Châteaubourg, ce fameux 12 décembre ? La commission locale de l’eau devait se réunir pour parachever ses travaux visant à établir un nouveau schéma d’aménagement et de gestion de l’eau du bassin de la Vilaine. Bloquée par les tracteurs, la réunion n’a pu se tenir. Bien qu’issu de trois années de travail et de concertations au sein d’une commission réunissant toutes les parties prenantes, le schéma n’a pu être adopté : victoire pour les syndicats productivistes, « déni de démocratie » pour les autres acteurs – Confédération paysanne, société civile, collectivités, etc.

Les agriculteurs protestataires mettaient notamment en cause l’une des mesures du schéma d’aménagement et de gestion de l’eau, à savoir l’interdiction, d’ici à 2029, de traiter les surfaces de maïs en forte pente et proches des points de captage d’eau potable. Cette restriction ne concernerait guère que 160 des quelque 11 000 kilomètres carrés du bassin-versant, soit 1,4 % de ce territoire et environ 1,8 % de sa superficie agricole utile. Mais pour les syndicats productivistes, c’est déjà trop.

L’escarmouche de Châteaubourg n’est que l’une des pièces d’un puzzle qui s’assemble ces jours-ci discrètement. A l’échelle nationale, les discussions du groupe national captage, tenues sous la tutelle du ministère de la transition écologique, ont été interrompues brutalement : les représentants des chambres d’agriculture, de la FNSEA et de la Coordination rurale ont claqué la porte de la réunion du 16 décembre. Là encore, les discussions visent à définir le seuil de pollution d’un captage au-delà duquel des mesures de restriction d’usage des pesticides sur son aire d’alimentation seraient édictées. Eviter de polluer l’eau que l’on consommera in fine : il est difficile d’imaginer objectif plus consensuel pour tout humain qui a pris conscience des impératifs biologiques de son espèce, à savoir qu’il est nécessaire de boire de l’eau à peu près chaque jour de sa vie.

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