Barrages filtrants au port du Havre (Seine-Maritime) et sur l’autoroute A1, multiples actions lundi : les agriculteurs restent mobilisés contre l’accord entre l’UE et des pays du Mercosur sud-américain, aussi dénoncé ailleurs en Europe.
La centaine d’agriculteurs établie depuis vendredi sur l’autoroute A63 à Bayonne, dans les Pyrénées-Atlantiques, a néanmoins levé le barrage dans la nuit après négociation avec le préfet, a annoncé la préfecture lundi 12 janvier matin, à l’aube de cette nouvelle journée de mobilisation agricole.
Alors que les actions d’agriculteurs se sont multipliées ce week-end contre la signature prochaine de cet accord commercial, notamment sur le port du Havre ou sur l’autoroute A1 au sud de Lille, et que d’autres sont prévues lundi, les « Ultras de l’A63 », comme ils s’étaient surnommés, ont fini par débloquer cet axe routier majeur entre la France et l’Espagne.
« Après l’appel du préfet à quitter les lieux sans délai, celui-ci s’est rendu personnellement sur place pour dialoguer avec la centaine d’agriculteurs présents, entre 23 h 00 et 1 h 30 du matin. A l’issue, le blocage a été levé », sans « dégradation », a fait savoir la préfecture des Pyrénées-Atlantiques dans un communiqué, précisant que le trafic pourrait reprendre dans les heures à venir.
Le préfet Jean-Marie Girier avait menacé de recourir à la force dimanche pour débloquer l’autoroute. Il a aussi interdit « toute manifestation non déclarée » lundi à Bayonne, mais des syndicats agricoles (Confédération paysanne, Modef et syndicat basque ELB) ont maintenu leur appel à se rassembler sur le parking d’un restaurant McDonald’s situé à proximité de l’A63.
Au niveau national, les agriculteurs veulent maitnenir la pression. En France, deux points névralgiques du transport de marchandises sont désormais visés : le premier port à conteneurs français au Havre et l’autoroute A1, « axe routier le plus fréquenté » du pays selon son concessionnaire, la Sanef, et passage privilégié entre Paris et les deux principaux ports de marchandises d’Europe, Anvers (Belgique) et Rotterdam (Pays-Bas).
La Coordination rurale entend aussi bloquer un dépôt pétrolier sur le port de La Rochelle tôt lundi matin. Deux autres ont été libérés dans le Nord et en Gironde ces derniers jours et la préfecture de Savoie menace d’intervenir lundi matin pour libérer celui d’Albens, sur la commune d’Entrelacs, selon la Confédération paysanne.
Au sud de Toulouse, cela fera un mois lundi que l’A64 est occupée par les « Ultras de l’A64 ».
Dans le Tarn-et-Garonne voisin, les locaux de la Mutualité sociale agricole (MSA) resteront fermés au public à partir de lundi pour dénoncer des actes de vandalisme commis dans la nuit de vendredi à samedi.
Dimanche soir, vers 21 h 30, plusieurs dizaines d’agriculteurs ont bloqué un péage au sud de Lille, sur l’A1, pour contrôler les marchandises des camions.
Au Havre, environ 150 agriculteurs avec des tracteurs ont décidé d’inspecter tous les camions pour écarter les produits alimentaires non conformes aux normes imposées aux producteurs français et européens, sans bloquer l’entrée du port.
Outre la France, des manifestations ont notamment eu lieu en Italie, Pologne ou Irlande pour protester contre la signature du traité entre l’UE et les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay), qui créerait l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, avec plus de 700 millions de consommateurs.
Cette vaste mobilisation agricole, débutée le mois dernier en opposition à la gestion gouvernementale de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) bovine, a été amplifiée par le feu vert européen donné vendredi à l’accord avec le Mercosur, qui doit être signé samedi prochain au Paraguay.
Pour ses détracteurs, ce traité va bousculer l’agriculture européenne avec des produits importés d’Amérique latine moins chers et pas forcément respectueux des normes européennes, faute de contrôles suffisants.