C’est devenu une tradition dans la littérature autrichienne : la violence y naît toujours de façon sournoise et silencieuse, le plus souvent entre les murs d’un village qui se tait, ou dans une famille qui s’entredéchire. Dans son roman précédent, Les Insuffisances du cœur (Bouquins, 2021), Valerie Fritsch, née à Graz en 1989, avait dévoilé l’engrenage pernicieux du déni qui se reproduit à chaque génération. Avec L’Invention de la douleur, elle s’attaque aux mécanismes de la violence qui peut s’exercer sur un enfant et traque l’instant fatidique de sa déflagration finale chez l’adulte qu’il n’a pas pu devenir.

Dès les premières lignes de ce livre impitoyable, une écriture sensible, à la limite du fantastique, fait surgir l’inquiétante étrangeté d’une bourgade où rôdent quantité d’histoires effrayantes « sur lesquelles on referme vite les portes ». La bicoque mal entretenue de la famille Drach renforce ce climat de malédiction diffuse. Réfugié dans un coin de sa chambre, le petit August attend dans la terreur. Dès qu’il plisse les yeux, il sent toute la maison, avec ses fenêtres fermées et sa porte verrouillée, qui vient « se coller sur lui comme une seconde peau rigide ». Personne ne veut entendre l’enfant hurler et supplier quand le père ouvre la porte et se met à le cogner. La mère non plus n’élève jamais la voix. Figée dans la torpeur, insensible, elle garde « le regard tourné à l’intérieur d’elle-même ». Mais dès que les coups cessent, elle se précipite auprès d’August et lui prodigue ses soins en guise d’affection.

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