S’il est un défi pour les analystes, depuis début janvier, c’est de voir clair dans la stratégie militaire des Etats-Unis. Après le coup de force organisé au Venezuela, le 3 janvier, pour destituer le président Nicolas Maduro, puis la répétition, le 9 janvier, des velléités de Donald Trump de s’emparer, « d’une manière ou d’une autre », du Groenland, nombre de sources militaires et diplomatiques s’interrogent sur la ligne stratégique suivie par les Etats-Unis, alors que Washington ne cesse, depuis l’été 2025, de repousser la publication de sa « Global Posture Review », un document doctrinal qui donne traditionnellement le « la » des priorités opérationnelles américaines et tâche de faire correspondre les ambitions politiques avec la réalité de ses capacités militaires.
L’opération américaine au Venezuela – un allié de longue date de la Russie – a en effet donné corps au périmètre que les Etats-Unis considèrent désormais comme faisant partie de leur sécurité nationale. Ce faisant, l’ouverture de ce nouveau théâtre a écartelé un peu plus les forces armées américaines, déjà très sollicitées partout dans le monde. Cette stratégie suscite beaucoup d’interrogations, alors qu’avant même le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, en janvier 2025, de nombreux officiers alertaient régulièrement sur leur surengagement, notamment dans le domaine naval. Avec un effort dans la zone des Caraïbes qui semble appelé à durer, « il y a clairement un risque de surcharge militaire, si les tensions avec la Chine s’accroissent », considère une source militaire européenne.