Le jour et le mois sont effacés de ma mémoire. J’avais mis en pause ma tendance maniaque à horodater les événements de ma vie (on me pardonnera : j’avais coma). Si la date précise a disparu de mon esprit endolori, je n’ai oublié ni le jour ni l’heure où c’est arrivé. L’essaim bourdonneur vient de s’arrêter devant la porte de la chambre 36 de l’hôpital parisien où je suis soignée pour une durée indéterminée. Chaque jeudi matin, autour de 11 heures, se déroule ce qu’ils appellent la « visite en chambre ». C’est une sorte de conseil de classe qui aurait lieu à domicile.
D’ailleurs, l’essaim se tient maintenant au pied de mon lit. Toute l’équipe des « Ça marche ! » (ils répondent « ça marche ! » à la moindre de mes interpellations, même celles qui ne supposent aucune mise en mouvement) est au complet et souriante, une quinzaine de soignants, kinés, orthophonistes, ergothérapeutes, internes, infirmières, groupés autour du professeur S., le chef du service de médecine physique et de réadaptation.
C’est lui qui se gratte la gorge, avant de présenter le cas de la chambre 36 : « Voilà Mme Monnin [il s’agit manifestement de moi]. Elle présente une hémiplégie gauche, des membres supérieur et inférieur, suite à un AVC hémorragique sévère. Elle a passé quinze jours dans le coma à l’hôpital de la Timone, à Marseille, d’où elle vient d’être transférée. Elle suivra chez nous une rééducation intensive. Elle est traitée ici pour l’hypertension [il indique les molécules médicamenteuses et leur posologie]. Son bilan d’orthophonie est correct concernant la parole et la déglutition, même si l’on craint toujours les risques d’une fausse route. »