Voilà vingt-cinq ans que Delphine de Vigan a publié son premier roman : signé du pseudonyme Lou Delvig, Jours sans faim a paru, en 2001, chez Grasset. Voilà quinze ans que Rien ne s’oppose à la nuit (JC Lattès, 2011), consacré à sa mère suicidée, a fait d’elle l’une des écrivaines les plus lues de la scène littéraire française. Voilà cinq ans, depuis Les enfants sont rois (Gallimard, 2021), que ses admirateurs attendaient un nouveau roman de l’autrice des Gratitudes (JC Lattès, 2019) ; leur patience est aujourd’hui récompensée avec Je suis Romane Monnier, dont l’intrigue se noue autour du téléphone portable qu’une jeune femme abandonne, avec les codes d’accès, à un inconnu dans un bar. L’écrivaine y a travaillé avec la volonté d’explorer les « traces » de nos vies numériques. Ce onzième roman nous donne l’occasion d’aller voir de plus près, avec elle, de quoi sont faites les empreintes qu’elle laisse sur ses lecteurs. Inquiète de se « répéter », Delphine de Vigan cherche à se renouveler d’un livre à l’autre, mais constate, avec un sourire fataliste, l’insistance de certains thèmes, le retour de motifs et obsessions.

Dans Les Gratitudes, un homme qui travaillait avec des personnes âgées notait : « Ce qui me coupe le souffle, c’est la pérennité des douleurs d’enfance. » A cette pérennité, Delphine de Vigan revient toujours. Ses personnages sont souvent de jeunes gens que les adultes ne savent pas protéger : telle la narratrice de No et moi (JC Lattès, 2007), qui avait perdu sa sœur, et dont les parents étaient accaparés par leur propre chagrin ; tel aussi Théo, dans Les Loyautés (JC Lattès, 2018), que son père et sa mère accablaient de secrets et de responsabilités si lourds qu’il se mettait à boire, et dont le sort n’intéressait au collège qu’une adulte, elle-même aveuglée par ses propres blessures anciennes, qui lui faisaient mal interpréter les faits.

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