Le président des Etats-Unis, Donald Trump, a dit, vendredi 16 janvier, qu’il ne voyait « pas de raison pour le moment » d’invoquer l’Insurrection Act, qui lui permettrait d’utiliser l’armée comme une force de police à Minneapolis (Minnesota). Il avait brandi cette menace jeudi, au lendemain de nouveaux heurts entre forces de l’ordre et manifestants à la suite d’un nouvel incident impliquant la police de l’immigration (ICE). « Si j’en avais besoin, je l’utiliserais. Je pense qu’il n’y a pas de raison pour le moment de le faire », a-t-il dit.
Alors que la ville est sous tension depuis la mort, la semaine dernière, d’une femme, abattue par un agent de l’ICE lors d’une opération, un ressortissant vénézuélien a été blessé, mercredi en fin de journée, par un tir d’un policier de l’ICE. Selon le ministère de la sécurité intérieure, les faits se sont déroulés au cours d’une altercation, alors que la victime, « en situation irrégulière », tentait de résister à son arrestation par la police fédérale. Le policier a alors « tiré un coup de feu défensif pour protéger sa vie », touchant l’homme à la jambe, selon l’institution.
L’incident a déclenché une manifestation de quelques centaines de personnes qui ont fait face aux forces de l’ordre pendant plusieurs heures. Des mortiers d’artifice ont été tirés sur des agents, qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes. Dans un message sur le réseau Truth Social, Donald Trump a réagi jeudi en menaçant d’invoquer l’« Insurrection Act » si « les politiciens corrompus du Minnesota ne respect[ai]ent pas la loi et ne s’emplo[a]ient pas à empêcher les agitateurs professionnels et les insurgés d’attaquer » les agents d’ICE.
Le président américain a plusieurs fois menacé d’utiliser ce texte ces derniers mois. L’Insurrection Act a été utilisée pour la dernière fois en 1992 par le président George Bush père à la demande du gouverneur républicain de Californie, confronté à des émeutes sans précédent à Los Angeles à la suite de l’acquittement des policiers qui avaient passé à tabac Rodney King, un automobiliste noir, l’année précédente.
Dans l’après-midi de jeudi, Minneapolis a été le théâtre d’un nouveau face-à-face tendu entre policiers et manifestants à proximité d’un bâtiment fédéral, avec quelques bousculades, sans aller jusqu’aux affrontements observés la veille. Les autorités démocrates du Minnesota accusent le gouvernement de semer le chaos dans la ville en multipliant les opérations de contrôle et les arrestations, dans une agglomération encore sous le choc de la mort, le 7 janvier, de Renee Nicole Good, une Américaine de 37 ans tuée par un agent de l’ICE.
Les médias américains ont rapporté vendredi que le ministère de la justice enquêtait sur plusieurs élus démocrates de l’Etat, dont le gouverneur, Tim Walz, et le maire de Minneapolis, Jacob Frey, pour entrave à l’action de l’ICE.
Jeudi, Tim Walz a demandé au président de « faire baisser la température » et de cesser sa « campagne de représailles ». Il a aussi appelé les habitants au calme : « Nous ne devons pas alimenter les flammes du chaos. C’est ce qu’il [le président] veut. » « Nous comprenons qu’il y ait de la colère », ont écrit, de leur côté, les autorités municipales sur X, exhortant la population à « rester calme » et ajoutant que « la mairie de Minneapolis exige une nouvelle fois que l’ICE quitte immédiatement la ville et l’Etat ».
De son côté, le maire Jacob Frey a décrit une force fédérale cinq fois plus importante que le corps de police municipale (qui, elle, compte 600 agents) et qui a « envahi » la cité.
Stephen Miller, proche conseiller de Donald Trump, a accusé, sur la chaîne conservatrice Fox News, les élus démocrates de « délibérément inciter à une insurrection violente » contre les policiers fédéraux. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a dénoncé la « rhétorique méprisable » du camp adverse et a reproché aux médias d’en être « complices ». De son côté, la ministre de la sécurité intérieure, Kristi Noem, a promis que les opérations de l’ICE sur place allaient « se poursuivre ». Des centaines de policiers fédéraux ont rejoint l’Etat en début de semaine, s’ajoutant aux quelque 2 000 qui y étaient déjà déployés.
La section locale de l’organisation de défense des droits civiques ACLU a intenté mercredi une action contre l’administration fédérale, reprochant aux agents de l’ICE sur place d’avoir « bafoué les droits humains fondamentaux (…), visant tout particulièrement les communautés somaliennes et latinos ».
Plusieurs sondages publiés jeudi montrent qu’une majorité d’Américains jugent « injustifiée » la mort de Renee Good. Ces enquêtes, notamment une de CNN, établissent également que les Américains sont largement en désaccord avec les explications données par l’administration Trump.