Après avoir franchi la frontière séparant le Soudan de la Libye, Issa Mohamed se croyait enfin en sécurité. Serré dans la benne d’un pick-up dans lequel il avait pris place avec une quinzaine de compatriotes soudanais, écrasé par le soleil, battu par le sirocco, il imaginait les retrouvailles avec sa femme et son enfant à Koufra. La ville libyenne, oasis verdoyante perdue au milieu d’un océan de sable ocre à l’écume de pierres noires, n’était plus qu’à une centaine de kilomètres.
Deux semaines plus tôt, il se trouvait encore à Muglad, dans la province du Kordofan, au centre du Soudan. Depuis mars 2024, la région est devenue l’épicentre de la guerre qui oppose l’armée soudanaise du général Abdel Fattah Abdelrahman Al-Bourhane aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), dirigées par Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti ». Après avoir réussi à envoyer sa famille en Libye, Issa Mohamed avait fini, début décembre, par embarquer à son tour avec des passeurs à travers les plaines du Darfour et au septentrion tchadien. Mais le voyage a failli tourner court.