Les corps s’enracinent ; une mangrove naît d’un visage ; un bras se fait lit de rivière ; des cheveux virent cordon ombilical ; un tronc se laisse habiter ; des maisons, jaillissent des feuilles… Chez Otobong Nkanga, tout fait lien : les mondes se connectent, et tous les règnes, du minéral au végétal. Sa rétrospective au Musée d’art moderne de Paris, intitulée « I dreamt of you in colours » (« j’ai rêvé de toi en couleurs ») dessine ainsi mille rhizomes : de ses magnifiques dessins, rarement exposés, semblent sourdre installations et tapisseries, qui chacune se relie à l’autre en réseaux et résonances.
« Beaucoup des choses dont je parle ont un rapport à la possibilité du lien, à la remise en question du système de connaissance occidental au sein duquel les choses sont abordées comme séparées, résume l’artiste dans le catalogue de l’exposition. J’ai compris, à travers un certain nombre d’œuvres, que rien n’existe isolément (…) Comment A est relié à B ? Où est-ce que je me trouve ? C’est le cœur de ma pensée. »
Dans la longue courbe du musée, le mica dialogue ainsi avec l’argile, l’algue avec la malachite ou le bois ; l’Afrique, où l’artiste est née, nigériane d’origine, avec l’Occident où elle a continué de se former, à l’Ecole des beaux-arts de Paris puis au sein de la résidence d’artistes de la Rijksakademie d’Amsterdam. Les conversations bruissent entre les matières, les histoires convoquées. Ce qui creuse et ce qui construit ; ce qui blesse et ce qui soigne ; ce qui arrache et ce qui enrichit…