Quinze militaires français au Groenland. Quarante Européens… Depuis plusieurs jours, une grande partie des commentateurs traite par le ridicule l’exercice militaire « Endurance arctique » : ils y voient une réaction improvisée et dérisoire aux dernières déclarations récentes de Donald Trump et à l’échec de la réunion de haut niveau à Washington, mercredi 14 janvier, où Etats-Unis, Danemark et Groenland ont dit acter leur « différend fondamental » sur l’achat ou l’annexion de l’île.
Côté américain, l’escalade verbale, diplomatique, informationnelle et économique est d’une ampleur inédite. En treize mois, on compte 12 menaces d’achat illégal ou d’annexion par la force, des tentatives de renseignement offensif, des ingérences politiques, la promotion de personnalités et de discours sécessionnistes, et des menaces de coercition à l’encontre d’alliés.
Alors en face, 15 bonshommes, cela paraît dérisoire… Mais cette lecture est erronée, car la valeur d’un détachement sur un théâtre polaire ne se mesure pas au volume. Une petite équipe de liaison et de reconnaissance de théâtre (ELRT) permet une chose rare : constituer une bibliothèque de frictions opérationnelles pour écrire un ordre de bataille réaliste et calibrer de futurs exercices d’ampleur, voire plus.
Ce jalon, même modeste, s’inscrit dans une logique de préparation en profondeur : apprendre aujourd’hui avec quelques dizaines de spécialistes pour ne pas improviser demain avec de 500 à 2 000 soldats.
Ainsi, l’exercice danois auquel participent la France et neuf autres pays dans le cadre de la mission « Endurance arctique » n’est pas une gesticulation politique ; c’est à la fois la production in situ d’un signal politique, l’affinage d’une stratégie, un gain de savoir tactique et l’affirmation que la défense du Groenland est un enjeu international. L’objectif est d’échapper au tête-à-tête asymétrique entre le Danemark et les Etats-Unis que l’administration Trump cherche à imposer.