La voilà, Valeria Bruni Tedeschi, regard azur, sourire solaire, manières lunaires – pas le moindre nuage à l’horizon. Suffit-il qu’elle débarque dans le café parisien où elle nous avait donné rendez-vous pour que tout s’arrête net, service, conversations, consommations. L’effet que produit la Franco-Italienne fait écho à l’aura entourant, en son temps, la comédienne Eleonora Duse (1858-1924). Dans un entretien, l’actrice et cinéaste de 61 ans rend hommage à cette figure du théâtre transalpin qu’elle incarne dans le beau film de Pietro Marcello, Eleonora Duse, en salle le 14 janvier.
Pardon, je déteste être en retard ! D’un long déjeuner avec Noémie Lvovsky… [les deux femmes sont de proches collaboratrices].
Eleonora Duse admirait Sarah Bernhardt [1844-1923], qu’elle avait vue dans La Dame aux camélias à Turin. Elle en était restée abasourdie. Je crois que, de son côté, Bernhardt avait décelé chez Duse quelque chose de précurseur, de moderne, qu’elle n’avait pas. Bernhardt mimait les émotions ; Duse, elle, cherchait la vérité, sur scène et dans la vie. On le voit dans ses lettres à sa fille, d’une très grande honnêteté. Je les trouve encore plus belles que celles qu’elle a adressées à Arrigo Boito et Gabriele D’Annunzio, ses deux grands amours : les lettres d’amour sont toujours un peu ennuyeuses… Elle était incapable d’avoir une intimité avec sa fille, qu’elle aimait très fort, mais de loin. Il y avait quelque chose d’enfantin chez elle, que ne supportait pas sa fille, élevée dans des carcans bourgeois. Jouer, c’est très enfantin.